Projet de décret fuité: simple ballon d’essai ou la chronique d’une crise électorale annoncée…

Projet de décret fuité: simple ballon d’essai ou la chronique d’une crise électorale annoncée…

Par-delà les réactions à chaud suscitées par la circulation depuis plusieurs jours d’une ébauche de décret électoral que l’exécutif s’apprêterait à faire publier dans le journal officiel de la République, Le Moniteur, une lecture en filigrane des deux documents permet de déceler une stratégie de verrouillage pour le contrôle de l’appareil. De bout en bout.  

Si les dénonciations s’attardent sur les titres I et II du projet de décret de l’exécutif traitant respectivement de l’organe d’orientation et de décision (OOD), de l’organe exécutif (OE), de l’organe du contentieux (OC) y compris les diverses structures de l’appareil allant jusqu’au fonctionnement des bureaux de vote, d’autres changements devraient faire l’objet de préoccupations des acteurs concernés. D’où la nécessité pour les responsables de partis, regroupements et plateformes enregistrés ou non de décortiquer les deux textes et faire valoir leur opposition ou adhésion en connaissance de cause.

Parmi les interférences relevées, en lieu et place des 30 000 membres exigés dans la proposition soumise par le CEP en vue de la validation d’une entité politique pour participer aux élections, l’exécutif étend ce chiffre à 100 000 membres. Mais le piège est que contrairement à la vérification envisagée par l’institution électorale, c’est le Ministère de la Justice qui se chargera d’habiliter les partis à prendre part au scrutin. Le titulaire de ce Ministère étant soupçonné de proximité avec le clan politique du Premier ministre, il est donc légitime de douter de son impartialité en ce qui a trait à cette étape cruciale.

Conseillers électoraux inféodés ou vassalisés, membres de BEDs et de BECs écartés du contentieux électoral, risques de déclarer caduc le Conseil sur simple rapport de la Direction générale appelée à jouer un rôle de préfet-discipline, autant d’anomalies relevées par les secteurs qui s’opposent à la teneur du document en circulation.

L’histoire récente du pays regorge d’exemples des tristes scénarios découlant des velléités de certaines administrations ayant cherché à s’accrocher au pouvoir en s’appropriant les leviers de commande de la machine électorale ou encore d’influencer l’issue des urnes en Haïti.  

Quand bien même il est prématuré de parler d’un bras-de-fer entre l’exécutif et le Conseil électoral autour du décret électoral ainsi que le budget nécessaire à l’organisation des prochaines compétitions à travers le pays, le laxisme observé en ce qui concerne l’avancement du processus est un indicateur non-négligeable de l’importance accordée par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à ce dossier. L’une des priorités de sa feuille de route.

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