Une pluie d’incompétence s’abat sur Haïti, jusqu’à l’anéantir!
Une pluie diluvienne d’incompétence s’abat sur Haïti. Elle tombe depuis si longtemps que nous avons presque fini par croire qu’elle fait partie du climat.
Le non-avoir et le mal-savoir se sont installés partout. Dans l’administration, dans les institutions, dans la gestion de nos ressources, dans notre manière même de concevoir l’avenir. Et pendant ce temps, le pays se meurt, lentement, sous nos yeux.
Les routes sont coupées. Des régions entières deviennent inaccessibles. Nous achetons en République dominicaine des citrons, des légumes, des mirlitons que notre propre terre peut produire en abondance. Nous n’avons pas d’hôpitaux et, comme si cela ne suffisait pas, nous avons laissé partir, découragé ou chassé presque tous nos médecins et nos professionnels.
Nous n’avons pratiquement plus de transport aérien intérieur accessible. De la Floride par exemple pour rejoindre Port-au-Prince, un Haïtien peut être contraint de dépenser 1 500 à 2 000 dollars, alors qu’un déplacement comparable dans la République voisine peut coûter 300 dollars.
On nous crève vivants.
Et pourtant, l’État n’est pas totalement sans moyens. Des dizaines de milliards de gourdes sont consacrées, directement ou indirectement, à la sécurité, à la Police nationale, au ministère de l’Intérieur, à la Défense et aux institutions chargées de protéger le territoire et la population.
Alors la question devient douloureuse : où sont les résultats ?
Où est la route ouverte ?
Où est l’hôpital qui fonctionne ?
Où est le paysan protégé et accompagné ?
Où est le citoyen qui peut circuler sans trembler ?
Où est l’État quand une population entière apprend à survivre seule ?
Le véritable drame d’Haïti n’est peut-être plus seulement le manque d’argent. Il est aussi dans notre incapacité collective à transformer ce que nous avons en résultats, à choisir les compétences, à planifier, à exécuter et surtout à rendre des comptes.
Car un pays ne meurt pas uniquement sous les balles.
Il peut mourir d’incompétence.
Il peut mourir à petit feu, lorsqu’il devient normal de ne plus avoir de route, de soins, de sécurité, de production, de transport, de services publics. Il meurt lorsqu’un peuple finit par considérer l’anormal comme son quotidien.
Le résultat, nous le vivons ensemble aujourd’hui.
Et si nous ne changeons pas radicalement notre manière de gouverner, de choisir, de décider et d’agir, cette pluie d’incompétence finira par emporter ce qui reste encore debout.
Haïti ne manque pas seulement de ressources. Elle manque terriblement de résultats. Et un peuple ne peut pas éternellement payer le prix de l’incompétence de ceux qui prétendent le gouverner.
Yves Lafortune, Miami le 27 Août 2026
