2024: en Haïti, ça commence mal!

2024: en Haïti, ça commence mal!

L’année 2024 s’est ouverte sur ce que des critiques lucides appellent sans détour : un mensonge éhonté. En effet, dans un message audiovisuel spécial diffusé le 1er janvier, qui pourtant déshonore la solennité inhérente au 220ème anniversaire de l’Indépendance d’Haïti, le Premier ministre Ariel Henry a réitéré de vieilles promesses non-tenues : rétablir la sécurité, organiser les élections. Deux ans, 5 mois et quelques jours depuis que le neurochirurgien de 74 ans est aux commandes d’une République démocratique en faillite, aucune action concrète allant dans le sens d’une reprise de contrôle des territoires gangstérisés n’a été posé ; aucun pas, aussi infirme soit-il, n’a été esquissé vers la tenue des joutes électorales. 

Bien au contraire, l’équipe d’Ariel Henry est, depuis peu, l’expression pure et parfaite de ce qu’on pourrait appeler le ‘’Pouvoir-privilège’’ (entendez par là : jouissance de pouvoir, abandon de responsabilité). D’ailleurs, la confortabilité que procure le monocéphalisme est telle qu’aucun nouvel Accord n’a été signé entre le Chef du Gouvernement de facto et ses opposants, à défaut, ses alliés. A quoi bon persister dans le « mentir à soi », puisqu’aucun des deux derniers faux-Accords n’a été respecté ! 

Dans la foulée des prétendus mensonges venus du plus haut sommet de ce qui reste de l’Etat, une vague de mandats d’amener a déferlé sur les réseaux socionumériques. D’anciens officiels de tous les échelons (Présidents, Premiers Ministres, Parlementaires, Ministres, Directeurs généraux) sont dans la ligne de mire du juge d’instruction à qui ont été confiés les dossiers relatifs à la corruption détectée çà et là par l’ULCC (Unité de Lutte Contre la Corruption). 

Les anciens Présidents de la République, Michel Joseph Martelly, Jocelerme Privert ; des anciens Premiers Ministres, Jean Max Bellerive, Laurent Lamothe, Garry Conille, Evans Paul, Enex Jean-Charles entres autres ; des anciens parlementaires dont Willot Joseph et Francisco Delacruz, sont visés par des mandats d’amener pour ne s’être pas présentés au carré du magistrat instructeur, Al Duniel Dimanche, en vue de répondre des accusations de corruption, complicité de corruption, trafic d’influence, détournement de biens publics, qui pèsent sur eux. 

Mais à la réflexion, le doute est permis sur la sincérité de cet acte judiciaire sans précédent à la vue de l’ordonnance postdatée (5/11/2024). Erreur, erreur volontaire, acte manqué…, en tout cas, ce simple « vice de forme » est susceptible de donner lieu à une exception de nullité. Le dilatoire n’étant pas trop loin, attendons de voir la suite… 

Contrairement aux autorités, les balles des gangs ne mentent pas. Quand il s’agit de faucher des vies d’innocents, elles disent toute la vérité, rien que la vérité. A preuve, au moins sept (7) personnes ont été tuées en mer le samedi 6 janvier 2024, alors qu’elles tentaient d’éviter la voie terrestre de Mariani, occupée par les hommes armés jusqu’aux dents du dénommé Boutba.

Plusieurs jeunes femmes ont été également enlevées dans ce nouveau territoire perdu. Peu avant, dans la matinée, au cœur de la capitale (Rue Dr. Audain, Port-au-Prince) le cadavre d’un homme brûlé vif a été constaté, exposé à l’indifférence des passants, sans mentionner les nombreux corps sans vie abandonnés dans la zone de Delmas 19. Des tragédies qui rappellent que rien n’a changé en Haïti où le pire est de plus en plus sûr. Des tragédies qui rappellent avec éloquence que le mensonge, quel que soit le costume qu’il porte, politique ou judiciaire, ne peut tenir lieu de bonne gouvernance. 

GeorGes E. Allen

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