70 ans: du “Compas” contre vents et marées

70 ans: du “Compas” contre vents et marées

Depuis quelque temps, les night-clubs gardent portes closes. Un silence s’apparentant à la mort s’y installe. À Port-au-Prince et les zones adjacentes, il n’y a que les balles qui chantent, sans la vertu de ‘’faire danser’’. Génies du mal, les bandits ne sont pas musiciens. Tant pis pour eux, tant mieux pour nous. Ceci étant dit, leurs armes de grand calibre ne peuvent faire taire le « Compas ». La preuve : 5 mai 2023, l’album LAS du groupe Zafèm a fait la ‘’Une’’ des journaux, éclipsant ainsi, pour un moment, les caïds et leurs cortèges de malheurs.

En cette fin de juillet, période marquant les 70 ans (1955-2025) de cette tendance musicale à haute valeur patrimoniale et culturelle, les armes n’arrêtent pas de chanter, mais c’est le « Compas direct » qui touche les cœurs. Outre-tombe, Nemours Jean-Baptiste vole la vedette aux malfrats de tout acabit. Médias traditionnels et socionumériques parlent de ce saxophoniste né le 2 février 1918 dans la capitale d’Haïti qui, il y a 70 ans, lançait un rythme nouveau, original, audacieux, qui a changé du tout au tout la musique haïtienne. C’était le 26 juillet 1955 à Place Saint-Anne (Port-au-Prince) là où la vie est aujourd’hui aux abonnés absents.

En effet, sans tambours ni trompettes, sans guitares ni gongs qui résonnent çà et là, nous célébrons le « Compas direct » contre vents et marées. À la Radio comme à la Télé, sur les plateformes YouTube, Facebook, TikTok et Instagram, les commentaires d’artistes, d’amateurs et de journalistes, les approches synchroniques et diachroniques, et critiques éclairantes et éclairées parlent d’un rythme qui traverse le temps et qui s’impose comme le ciment qui lie Haïtiens d’ici et d’ailleurs.

« Du haut de ses 70 ans, le Compas se porte bien », affirment deux voix autorisées, deux Tambours-majors de ce genre musical, Fabrice Rouzier et Joël Widmaer qui en veulent pour preuve l’implication des femmes dans cette musique qui fut longtemps la chasse gardée du sexe masculin, les succès mondiaux de certains jeunes artistes.

Véritable affirmation identitaire, le « Compas direct » (mieux encore ce qui en font) peut se reprocher son manque d’organisation et de structure qui ne favorise pas une réelle reconnaissance des artistes haïtiens à l’échelle internationale. Aux Grammy Awards, la création de Nemours Jean-Baptiste brille toujours par son absence. Après 70 ans, il est temps que le Compas marque des pas sur les scènes du monde, s’octroie de prestigieuses distinctions.

« Dans les grands marchés de la musique, il y a des règles, une manière de faire. Mais nous refusons d’y entrer. Tant que nous n’accepterons pas ces normes, nous ne pourrons pas intégrer les circuits internationaux », conseille le fondateur du groupe à succès Zèklè.

« Konpa fèk gen 50 tan, li poko menm chanje dan », disait Richie il y a 20 ans, dans l’un des tubes de son magnifique album Happy fifty Compas.

« C’est le cas de le dire aujourd’hui », regrette Rolls ‘’Roro’’ Lainé qui, reconnaissant les vertus libératrices de la musique, plaide toutefois en faveur d’une mega collaboration pour la ‘’Paix’’ entre les artistes du « Compas direct » et d’autres tendances, en vue de brusquer le retour de cette Haïti en proie aux violences sur la voie de l’Humanité.

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