Sanctions dominicaines: des haïtiens exigent mieux qu’une simple interdiction de territoire contre les personnes indexées

Sanctions dominicaines: des haïtiens exigent mieux qu’une simple interdiction de territoire contre les personnes indexées

Dans une correspondance adressée à la Direction Générale de la Migration, le 14 avril 2023, le président dominicain, Luis Abinader, a ordonné l’interdiction d’entrée sur son territoire à près d’une quarantaine de citoyens haïtiens dont d’anciens hauts dignitaires de l’État, des membres des classes politiques, des affaires et des chefs de gangs. Il avait déjà pris une décision similaire le 7 septembre 2022 contre un ancien premier ministre et plus d’une dizaine de chefs de gangs sous les accusations de comportements illégaux et criminels et menace à la sécurité et les intérêts de la République dominicaine.Des sanctions qui-visiblement-sont très loin d’irriter nombre d’haïtiens. Au contraire…

Port-au-Prince, le 27 avril 2023.- 

Aucune marque d’empathie encore moins de sympathie à l’endroit des personnes incriminées par la république voisine. Dans l’opinion, certains vont jusqu’à l’exaltation suite à la mesure ordonnée par Luis Abinader contre les personnalités politiques et économiques ainsi que des bandits notoires qui pourrissent la vie des citoyens en Haïti. 

La République dominicaine est le troisième pays à avoir pris la décision d’interdire l’entrée sur son territoire à des personnalités suspectées de connivence avec les groupes armés et qui seraient en même temps impliquées dans des actes de corruption. 

Kithnie Jean-Louis est étudiante en communication sociale à la faculté des sciences humaines (FASCH) de l’université d’État d’Haïti. Selon elle, ces sanctions devraient contribuer à l’émergence d’une nouvelle classe politique et économique dans le pays considérant l’empreinte de ces dernières dans l’état actuel du pays.

« Celles-ci sont fortement impliquées dans la gangstérisation d’Haïti car elles avaient utilisé leurs pouvoirs politique et économique pour armer certains jeunes, qui aujourd’hui prennent en otage de nombreux quartiers du pays » tance l’originaire de la commune de Cabaret. 

“Sincèrement, je ne suis pas dérangée par le fait que ces personnalités sont sanctionnées. Toutefois, je veux croire que ces sanctions sont basées sur des preuves tangibles de la part de la République dominicaine en ce qui a trait à la participation de ces personnes dans l’effondrement de la société haïtienne », relativise la jeune dame de 21 ans.

La situation d’instabilité et d’insécurité que vit le pays actuellement est le résultat de l’association des personnes interdites par les États-Unis, le Canada et la République dominicaine avec les groupes armés tranche l’étudiante à l’instar d’autres citoyens interviewés dans le cadre de ce dossier. « Aujourd’hui, malgré les vacances académiques, je ne peux pas traverser la partie nord de la Capitale pour aller voir ma famille à Cabaret”, se plaint Kithnie.

Dès la fin de l’année 2022, les États-Unis et le Canada ont commencé à adopter une série de sanctions contre des éléments des élites politique et économique d’Haïti pour les mêmes raisons évoquées par la République dominicaine. Les biens de ces personnes sont aussi gelés par les autorités canadiennes et américaines. 

Pour Fanel Delva, journaliste résidant aux États-Unis, les sanctions prises par les autorités dominicaines visent non seulement l’envoi d’une image positive aux pays occidentaux, mais cela peut également participer d’une stratégie visant la nationalisation des biens des sanctionnés dans l’autre partie de l’ile.

Une lecture partagée par le professeur Fritz Georges qui rappelle au passage que ce n’est pas la première fois que la République dominicaine agit de la sorte. 

« Ces sanctions auront sans doute des conséquences sur leur carrière politique », espère Fanel Delva en soulignant la nécessité de barrer la route électorale aux personnes listées lors des prochaines élections. 

Les anciens Premiers ministres Laurent Lamothe et Evans Paul ainsi que le défenseur des droits humains, Pierre Espérance, font partie de cette liste acheminée aux autorités migratoires dominicaines le 14 avril dernier.

D’autres anciens dignitaires de l’État haïtien dont des ex-parlementaires déjà sanctionnés par les États-Unis et le Canada sont aussi frappés par cette mesure, tels Youri Latortue, Gracia Delva, Jean Tholbert Alexis, Prophane Victor, Liszt Quitel, Hervé Fourcand, Rony Célestin, Antonio Cheramy dit Don Kato, Gary Bodeau, Sherif Abdallah, Arnel Bélizaire, Salim Succar, Reynold Deeb, Nenel Cassy, Berto Dorcé.

Kesner Normil, Bredy Charlot, Assad Volcy, Charles « Kiko » Saint-Rémy, Rodolphe Jaar, Romel Bell, Frantz Cole, le pasteur Dieuné Day et les chefs de gangs Ti Makak (décédé),Jermaine Stephenson, Izo, Gaspiyay, Ti greg et Luckson Élan complètent la liste du 14 avril 2023. 

Avant (en septembre 2022) l’ex-premier ministre Claude Joseph figurait sur une liste de cette nature aux côtes de Caïds comme Jimmy Cherizier,Ti lapli,Lanmò San jou etc…

« Il n’y a que les partisans zélés des personnes sanctionnées qui sont dérangés par ces sanctions venant des autorités dominicaines », déclare l’avocat Bertho Elisma. L’homme de loi invite les autorités judiciaires du pays à prendre, elles aussi, des dispositions pour juger les personnes ciblées par la République dominicaine, le Canada et les États-Unis. 

Près d’une quinzaine de jours après l’annonce de ces sanctions par la république voisine, le ministre de l’Agriculture, des Ressources Naturelles et du Développement Rural,Charlot Brédy, lui-même indexé, est toujours en poste. Voilà qui donne toute son importance à la question suivante à savoir : Qui demandera des comptes aux gens sanctionnés par l’étranger en vue de déterminer ce qu’ils ont à voir avec les accusations portées contre eux…

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