7 février : Ariel Henry sous les feux croisés des appels à la démission et au consensus
Seulement quelques jours nous séparent du 7 février, date sacrée pour ceux qui respectent et louent encore le symbolisme qui s’y cache. Sacralité mise à part, c’est à cette date que le Gouvernement d’Ariel Henry devrait céder le pouvoir à des élus, eu égard aux termes de l’Accord du 21 décembre 2022.
Mais, si l’on doit se fier à l’autorité de l’évidence, Haïti est très loin d’être sur cette voie. Selon le constat du parti Force Louverturienne Réformiste, la société haïtienne est plutôt en déperdition. « L’Etat, la famille, l’école et même les cultes ont perdu l’essence de la mystique sacrée… », déplore Emmanuel Ménard qui, dans sa posture de franc-maçon, se demande si l’égrégore haïtien se désintègre pour s’altérer.

Le parti Force Louverturienne Réformiste, qui ne rate jamais l’occasion de faire la radiographie du mal total haïtien, a ouvert une plus large perspective en affirmant croire que dans l’état actuel des choses, le terrain est favorable aux tenants des idéaux fascistes et aux fondamentalistes de tout poil qui voudraient déstabiliser le continent américain à travers la sous-région caribéenne.
« La crise haïtienne s’internationalise peut-être selon les grands enjeux politiques et économiques intercontinentaux tandis que les acteurs haïtiens se battent pour l’usufruit d’un pouvoir réduit en peau de chagrin », analyse FLR. Ne se contentant pas seulement de diagnostiquer le problème, l’organisation politique dont Emmanuel Ménard est le coordonnateur national tente de fournir des pistes de solution en se posant une question cruciale : que faire aujourd’hui ?
En réponse, elle invoque d’emblée la nécessité absolue de libérer la population de la terreur des gangs par la création d’une Unité Spéciale Mixte Anti-Terroriste (USMAT) avec la coopération militaire et policière agissante, le renforcement de la Force Publique et la construction d’une grande Agence Nationale de Renseignements et d’Intelligence. « Le moment est venu d’être réaliste et pragmatique.
Tout le monde n’est pas fait pour être Toussaint Louverture ou Jean-Jacques Dessalines ni Moïse ou Emmanuel. Il ne faut pas mentir à la population. Le redressement de la situation et la reconstruction du pays ne seront pas faciles sans la convergence des esprits éclairés de l’intérieur et de la diaspora », tranche Force Louverturienne Réformiste comme pour mettre en garde les pseudo-révolutionnaires.
En dernier ressort, le parti de l’ancien Directeur général de la Télévision Nationale d’Haïti tout en invitant tous les secteurs de la société à saisir l’opportunité du malheur pour refaire le geste de Dessalines et de Pétion, estime qu’un NEW DEAL s’impose dans l’immédiat entre haïtiens, haïtiennes de bonne volonté pour une sortie de crise.
Dans la foulée des points de vue souvent brandis comme des panacées, la position de Force Louverturienne Réformiste diffère littéralement de celle du Collectif du 30 janvier. Pour cette structure qui regroupe des partis politiques jouissant d’une certaine représentativité, tels LAPEH, OPL, PITIT DESSALINES, MOPOD, UNIR, PHTK, le Premier ministre Ariel Henry incarne, en tout et pour tout, le grand mal d’Haïti.
« Le Premier ministre de facto Ariel Henry, par mauvaise foi et cynisme, a délibérément boycotté les négociations pour une sortie de crise menées en novembre de l’année dernière avec les bons offices du Groupe des Eminentes Personnalités de la CARICOM.
Le Collectif du 30 janvier dénonce vertement une manœuvre du Gouvernement qui voudrait faire accroire que des discussions sérieuses initiées avec des partis politiques d’opposition seraient sur le point de déboucher sur une quelconque entente. Personne n’est dupe. Le Collectif n’a eu sous aucune forme des discussions ou des négociations avec le Premier ministre Ariel Henry dans la perspective d’une sortie de crise à la veille du 7 février 2024 », lit-on dans une récente note de presse des opposants au pouvoir.

Consensus, entente, cohabitation politique…, des termes que le Collectif du 30 janvier balaie d’un revers de main, arguant que le neurochirurgien de 74 ans a épuisé toutes ses cartes et que l’ultime décision à prendre c’est de quitter le pouvoir à la date fatidique du 7 février 2024, suivant l’article 20 de l’Accord du 21 décembre dont il est lui-même signataire.
« Pour combler la vacance consécutive au départ du Premier Ministre Ariel Henry, il est impératif de mettre en place un Exécutif conforme à l’esprit de la Constitution de 1987 et qui sera chargé de restaurer les institutions républicaines et de remplacer le personnel politique par des élections inclusives et crédibles », précise la note.
Dans l’intervalle, une autre organisation politique qui s’ajoute à la liste déjà très longue des partis, « Inisyativ pou Devlope Ayiti » (IDA), joue la carte de la pondération. Pour cette structure dont Francisco Brumaire est le Secrétaire général, « l’heure est à l’apaisement et au dépassement de soi ». En ce sens, IDA invite toutes les parties impliquées, ainsi que tous les acteurs de tous les secteurs, à adopter l’arme de la dialectique afin de tirer le pays de l’abîme.
Qu’adviendra-t-il au pays le 7 février 2024 ? C’est la question que les âmes inquiètes se posent pour l’instant. Mais, tout indique, à s’y méprendre, que le pouvoir ne changera pas de main au final, puisque le vrai maitre du jeu, la communauté internationale en l’occurrence, est clair et sans équivoque : la transition ne sera pas remplacée par une transition !
