En proie à l’insécurité généralisée, Haïti en panne quasi-totale de soins de santé
Le mardi 24 décembre 2024, à la veille de la Noël considérée mondialement comme un temps de trêve et de paix, l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti a poussé son dernier cri de désespoir. En effet, une tentative de réouverture « forcée » du plus grand centre hospitalier du pays par le Ministre de la santé publique et de la population (Mspp), Duckenson Lorthé Bléma, a viré au drame.
Une attaque de bandits armés s’est soldée par la mort de deux journalistes, d’un policier ; et plusieurs autres travailleurs de la presse en sont sortis blessés. En conclusion, sous le contrôle des gangs armés l’Hôpital général garde définitivement ses portes fermées dans un pays où déjà les soins de santé se donnaient au rabais.
La situation est d’autant plus grave et plus alarmante que l’Hueh affiche portes closes, depuis quelque temps, dans un contexte où Haïti se range parmi les dix (10) pays au monde où les biostatistiques épidémiologiques sont les plus catastrophiques, avec une espérance de vie au plus bas, un taux de mortalité infantile et maternelle très élevé. De plus, c’est le pays où toutes les maladies existantes, émergentes ou chroniques, sont prévalentes. En tout et pour tout, le diagnostic du système sanitaire haïtien est extrêmement triste.
Peu avant le drame du 24 décembre, les gangs armés de la coalition criminelle « Viv Ansanm » avaient franchi une nouvelle étape dans leurs exactions en incendiant les 4 salles d’opération, le laboratoire, les deux scanners de l’Hôpital Bernard Mevs à coups de cocktails Molotov. Ce centre médical de référence était réputé d’avoir les technologies d’imagerie médicale les plus performantes dans le pays.
L’incendie de lundi 17 décembre 2024 au soir a déjà des conséquences sur l’offre médicale dans la capitale. L’hôpital Bernard Mevs, du nom d’un membre d’une riche famille du monde des affaires en Haïti, est l’un des rares établissements ouverts au public mais financé par des fonds privés.
Ce que l’on pourrait appeler la « malédiction sanitaire » est telle qu’au total 62 % des structures médicales de l’Ouest sont fermées à cause de l’insécurité qui sévit dans ce dans ce département, selon des chiffres rendus disponibles par la Direction sanitaire de l’Ouest du Ministère de la santé publique et de la population (Mspp).
Déjà précaire, le système sanitaire haïtien est aujourd’hui à l’agonie. Les structures privées représentant 60 %, celles d’Etat 30 % et les mixtes 10 %, presque toutes sont frappées de plein fouet par les bandits armés qui laissent l’impression, voire la certitude, que leur mission est de provoquer l’effondrement des infrastructures essentielles du pays : écoles, universités, hôpitaux, églises, commissariats de police…

Entretemps, face au dysfonctionnement total des centres médicaux de l’Etat notamment, le Docteur Ronald Laroche, Directeur exécutif du groupe DASH (Développement des Activités de Santé en Haïti) préconise un partenariat public/privé allant dans le sens du dispatching du personnel de santé au chômage forcé dans les hôpitaux privés qui fonctionnent.
Ce qui, selon lui, permettrait aux citoyens de recevoir des soins de santé sans trop grande difficulté dans un contexte où l’Hôpital Universitaire la Paix de Delmas 33, la seule structure médicale de l’Etat en état de fonctionnement dans l’aire métropolitaine de Port-au-Prince, est complètement dépassé. La proposition du Dr. Laroche semble être tombée dans des oreilles de sourds, puisqu’aucune annonce en ce sens n’a été faite.
Des médecins contactés par Télégramme360, les Docteurs Berthony François, Directeur exécutif de l’Hôpital Elohim, Lawson France, Directeur exécutif de l’Hôpital Delta, Ronald Laroche du groupe DASH, plaident pour un vrai système de santé national qui permettrait à chaque citoyen de disposer d’une carte de sécurité sociale lui favorisant l’accès aux soins de santé dans tous les hôpitaux du pays.
En attendant d’en arriver là, la réalité d’aujourd’hui est que seulement 7.1 % du budget national (2024-2025) évalué à plus de 323 milliards de gourdes est alloué au Ministère de la santé publique et de la population (Mspp). Ce qui laisse comprendre, si besoin est, que la santé des citoyens n’est pas la priorité de l’actuelle équipe qui mène la transition.
Au tableau agonisant du système sanitaire haïtien s’ajoutent des professionnels de santé piégés par l’insécurité qui ne sont pas en mesure de fournir des soins aux malades dans certaines zones de la région métropolitaine de Port-au-Prince notamment.
Tout compte fait, en matière de santé en Haïti, très peu d’options sont disponibles, sinon les quelques hôpitaux privés qui fonctionnent en manque d’oxygène, peu d’accès au sang et en rupture de stocks de médicaments. Tomber malade est un péché qui peut coûter la vie à qui ne peut consentir de grands débours.
