Deux semaines pour James Boyard et sa famille, trois mois pour Madame Reimers et sa fille: jusqu’à quand compterons-nous les otages? Who’s next?

Deux semaines pour James Boyard et sa famille, trois mois pour Madame Reimers et sa fille: jusqu’à quand compterons-nous les otages? Who’s next?

Deux semaines pour James Boyard et sa famille.

Trois mois pour Madame Reimers Montas et sa fille.

Et nous comptons.

Nous comptons les jours comme on compterait les morts, les disparus, les silences. Nous comptons parce que l’État ne répond pas. Nous comptons parce que la peur a remplacé la parole publique. Nous comptons parce qu’en Haïti, aujourd’hui, même l’enlèvement d’une famille entière semble entrer dans la routine de l’actualité.

Le kidnapping au pays a dépassé l’entendement. Il ne s’agit plus seulement de criminalité. Il s’agit d’un effondrement moral, institutionnel et humain. Lorsque des hommes armés peuvent enlever un père, une mère, un enfant, une épouse, une fille, et que la société continue comme s’il s’agissait d’une mauvaise nouvelle de plus, quelque chose de profond s’est cassé en nous.

Le cas de la famille Reimers Montas est une aberration. Toute une famille enlevée. La nounou (comme on les appelle chez nous dans l’élite) et le mari libérés. La femme et la fille retenues. Trois mois. Trois longs mois d’angoisse, de supplication, de négociation, de nuits sans sommeil, de vie suspendue.

Et pourtant, où est l’indignation nationale ?

Où est la voix ferme de l’État ?

Où sont ceux qui devraient dire : assez ?

On dira que c’est grave. Mais le plus grave, c’est que cela ne semble plus inquiéter. Le plus grave, c’est cette impression terrible que le pays s’habitue à l’inhumain. Un enlèvement chasse l’autre. Un nom remplace un autre nom. Une famille disparaît derrière une autre tragédie. La douleur devient statistique. La peur devient paysage. Une société entière est prise en otage par l’impuissance, le silence et la banalisation du mal.

Un pays ne peut pas continuer ainsi.

Quand une famille est kidnappée, ce n’est pas seulement une famille qui est frappée. C’est l’idée même de la maison qui est détruite. C’est la sécurité de la mère, du père, de l’enfant, du foyer qui s’effondre. C’est la dernière frontière de l’intime qui est violée.

Et si même la famille n’est plus un refuge, que reste-t-il ?

Nous devons refuser de nous habituer. Refuser que les noms deviennent des chiffres. Refuser que les otages deviennent des dossiers oubliés. Refuser que la peur soit notre nouvelle constitution. Refuser que l’absence de l’État soit acceptée comme une fatalité.

Car la vraie question n’est plus seulement : où sont James Boyard, Madame Reimers Montas et sa fille ?

La vraie question est : qui sera le prochain ? Who’s next ?

Et surtout : jusqu’à quand compterons-nous les otages avant de comprendre que c’est le pays tout entier qui est captif ?

Yves Lafortune

Miami, le 23 juin 2026

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