Offrir autre chose au pays!

Offrir autre chose au pays!

Dany. Daniel. Kettly. Alain. Fahimy.
Cinq noms. Cinq voix. Cinq sensibilités. Une même volonté : offrir autre chose au pays.

Par-delà les souffrances qui accablent le peuple haïtien, ici comme ailleurs, mais particulièrement en Floride où tant de nos compatriotes portent Haïti dans leur cœur avec une nostalgie silencieuse, il fallait créer une parenthèse. Une respiration. Un moment où la littérature, l’intelligence et la tendresse reprendraient leurs droits.

À Plantation, le ciel en décida autrement. La pluie s’invita, obstinée, comme si elle voulait éprouver notre détermination. Le projet initial s’appelait « Le charme d’un après-midi sans fin ». La nature, avec cette ironie dont elle a parfois le secret, le transforma en un après-midi sous la pluie.

Et c’est là que la magie opéra.

L’Immortel Dany Laferrière fit de la pluie le véritable sujet de la rencontre. Comme seuls les grands écrivains savent le faire, il transforma un contretemps en littérature. La pluie n’était plus un obstacle : elle devenait un personnage.

Daniel Gérard Rouzier évoqua les matchs de football disputés sous les averses de son enfance, où la boue n’enlevait rien au bonheur de jouer. Alain Louis Hall convoqua, à son tour, une pluie sortie de ses souvenirs. Kettly Mars s’y promena avec cette élégance poétique qui lui appartient, tandis que Fahimy Saoud apportait la profondeur de son regard sur les êtres et leurs fragilités. Carole Demesmin fit sourire l’assemblée en racontant une pluie de lune de miel, rappelant que les plus belles histoires commencent parfois sous un ciel gris.

Sous la tente, les gouttes tambourinaient sans relâche. Pourtant, personne ne partit.

Le public resta. Les regards demeurèrent suspendus aux paroles. Les livres circulèrent. Les fleurs furent offertes à Dany. Les sourires se répondirent. Pendant quelques heures, la pluie n’était plus un mauvais temps : elle était devenue le décor d’une communion.

Et c’est peut-être cela, finalement, qu’Haïti attend de nous.

Moins de vacarme. Plus de conversations. Moins de divisions. Plus de culture. Moins de haine. Plus de beauté. Plus d’humanité.

Pendant quelques heures, à Plantation, nous avons aperçu le pays que nous pourrions être si nous acceptions de nous retrouver autour de ce qui nous élève plutôt que de ce qui nous oppose.

Voilà ce que j’essaie de faire, ici ou ailleurs, en attendant de pouvoir le faire pleinement chez nous.

Parce qu’au bout du compte, une nation ne se reconstruit pas seulement avec des budgets, des discours ou des plans stratégiques. Elle se reconstruit aussi avec des livres, des idées, des rencontres, des artistes, des éclats de rire… et parfois, avec une pluie qui rappelle à chacun que le ciel peut pleurer sans jamais empêcher les hommes de s’aimer.

Yves Lafortune
Plantation, Floride
30 juillet 2026

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