Ricardo Adé, le capitaine d’un rêve devenu réalité,tire sa révérence
Après dix années passées à défendre les couleurs d’Haïti, Ricardo Adé a annoncé lundi sa retraite internationale. À 36 ans, le défenseur central, qui a porté le brassard des Grenadiers lors de leur qualification pour la Coupe du monde 2026, met un terme à une belle et longue aventure qui l’a conduit jusqu’à la plus grande scène du football mondial.
C’est dans une vidéo publiée sur ses comptes Facebook et Instagram que le défenseur a fait ses adieux à la sélection. Avec une profonde émotion, il a expliqué avoir pris la décision de se retirer sous le maillot bicolore national. Un choix parmi les plus difficiles de sa carrière, mais qu’il assume avec fierté, convaincu que sa génération a contribué à écrire une nouvelle page de l’histoire du football haïtien.
« C’est l’une des décisions les plus difficiles de ma carrière », a-t-il confié, tout en se disant fier de ce qu’il a accompli avec ses coéquipiers.
RA quitte la sélection avec 62 sélections, deux buts et 17 matches disputés comme capitaine. Ses deux réalisations ont été inscrites face à la Martinique et au Belize.

Adé a fait ses débuts internationaux le 2 septembre 2016, lors d’une défaite contre le Costa Rica dans les éliminatoires de la Coupe du monde 2018. Son dernier match sous le maillot national restera, lui, intimement lié à un moment historique : le 24 juin 2026, lors de la défaite 4-2 d’Haïti face au Maroc, en phase de groupes du Mondial. Une rencontre qui a marqué la fin de son parcours international.
Au fil de sa carrière, Adé a pris part à trois campagnes éliminatoires de Coupe du monde — 2018, 2022 et 2026, ainsi qu’à la Coupe du monde 2026, à la Coupe caribéenne des nations 2017, à quatre éditions de la Gold Cup (2019, 2021, 2023 et 2025) et à trois éditions de la Ligue des Nations de la Concacaf.
Une carrière construite dans l’épreuve et la résilience
Le parcours de Ricardo Adé jusqu’au Mondial est loin d’avoir été linéaire. Né à Saint-Marc le 21 mai 1990, dans une famille proche de Tempête FC, il surprend son entourage en rejoignant le club rival, Baltimore SC, où il fait ses premières armes professionnelles.
Vers 2014, alors qu’il cherche à franchir un nouveau cap, un prétendu agent lui propose un contrat en Thaïlande. Adé investit ses économies dans un billet d’avion, convaincu de tenir enfin sa chance. Mais la promesse se révèle être une escroquerie. Abandonné sur place, il passe près de trois mois dans une situation extrêmement précaire, dormant parfois dans la rue et ne mangeant qu’une fois par jour. Aucun club local ne veut alors lui offrir une opportunité.
Il finit par rejoindre Miami, où un championnat dominical de la diaspora haïtienne devient, contre toute attente, le point de départ de sa renaissance. Avec une équipe affiliée à Saint-Marc dans la Marugus League, il attire l’attention de Miami United. Son cofondateur, Roberto Sacca, raconte avoir été convaincu presque immédiatement après l’avoir vu à l’entraînement.
« Je savais qu’il était différent », aurait-il déclaré, évoquant la détermination du défenseur.
Des contacts avec des clubs italiens échouent ensuite, notamment parce qu’Adé ne possède pas encore suffisamment de sélections internationales ni de second passeport. C’est finalement au Chili que sa carrière prend véritablement son envol. En 2017, à 26 ans, il signe son premier contrat professionnel à part entière avec Santiago Morning, avant de rejoindre Magallanes.

En 2021, il découvre le football équatorien avec Mushuc Runa. L’année suivante, il remporte le championnat de première division avec Aucas. Depuis 2023, il évolue à la LDU Quito, l’un des clubs les plus prestigieux du pays, avec lequel il participe notamment au parcours jusqu’en demi-finales de la Copa Libertadores 2025. L’Équateur est devenu, au fil des années, sa terre d’adoption.
Cette trajectoire, faite de détours, de revers et de secondes chances, a donné une dimension particulière à sa participation au Mondial 2026.
« C’est un rêve qui devient réalité », déclarait-il avant le tournoi, alors qu’Haïti s’apprêtait à affronter le Brésil, le Maroc et l’Écosse.
Pour son attachée de presse, Erica Dumas, le parcours d’Adé — de la Thaïlande à Miami, puis au Chili et à l’Équateur — figure parmi les histoires les plus remarquables de cette Coupe du monde.
Haïti perd un deuxième cadre de la génération 2026
Le départ de Ricardo Adé intervient quelques mois après celui de Johnny Placide, autre figure emblématique de la sélection haïtienne.

Avec les retraites d’Adé et de Placide, Haïti voit ainsi disparaître, en l’espace de quelques mois, deux de ses principaux piliers défensifs et leaders de vestiaire. Deux joueurs qui quittent la scène internationale peu après avoir contribué à ramener les Grenadiers à la Coupe du monde, pour la deuxième fois de leur histoire.
