Du massacre du Persil au 4-1: quand la mémoire historique rencontre le football
89 après l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire des relations haïtiano-dominicaines, le football a offert (le jeudi 1er octobre 2026), une scène radicalement différente : pendant 90 minutes, Haïtiens et Dominicains se sont affrontés non pas avec des armes, mais avec un ballon, dans un stade rempli de supporters des deux pays.
La sélection haïtienne s’est imposée 4-1 face à la République dominicaine au stade Félix Sánchez, dans le cadre de la troisième journée de la ligue des Nations de la Concacaf. Louicius Don Deedson a ouvert le score à la 9e minute avant que Wilson Isidor ne signe un doublé aux 51e et 67e minutes. Yassin Fortune a ensuite inscrit le quatrième but haïtien à la 76e minute. La République dominicaine avait réduit l’écart par Dorny Romero à la 55e minute.
Mais cette victoire sportive intervient à quelques jours de la commémoration du massacre de 1937, communément appelé « massacre du-perejíl-Persil ». Au début du mois d’octobre de cette année-là, des milliers d’Haïtiens et de Dominicains d’origine haïtienne furent tués en République dominicaine sous le régime du dictateur Rafael Leónidas Trujillo. Les violences survinrent notamment dans les zones frontalières.
Le terme « massacre du Persil » est lié au récit selon lequel des soldats dominicains auraient demandé à des personnes soupçonnées d’être haïtiennes de prononcer le mot espagnol « perejíl », afin de déterminer leur origine. Les historiens soulignent toutefois que cette explication doit être replacée dans l’histoire plus large de la violence et de l’anti-haitianisme de l’époque.
Une histoire qui reste présente
Pour les Haïtiens, octobre ne représente donc pas seulement le début d’un nouveau mois. Il renvoie également à une mémoire douloureuse qui continue d’occuper une place importante dans les relations entre les deux peuples.
Le rapprochement entre le massacre de 1937 et la victoire 4-1 de 2026 doit cependant être fait avec prudence. Les deux événements ne sont pas comparables dans leur nature. Le premier fut une campagne meurtrière visant des populations civiles ; le second est une rencontre sportive internationale régie par des règles et arbitrée sur un terrain de football.
Ce qui peut être rapproché, c’est plutôt la dimension symbolique que les supporters peuvent donner à ces événements. En 1937, des Haïtiens furent victimes d’une violence politique et identitaire. En 2026, une équipe représentant Haïti est entrée sur un terrain dominicain et en est ressortie victorieuse.
Le football comme espace de mémoire
Le football n’efface pas l’histoire. Il ne remplace pas les témoignages des survivants et ne peut réparer les souffrances du passé.
Mais il peut offrir un espace dans lequel une nouvelle génération exprime son identité autrement. Le 4-1 de Santo Domingo appartient donc d’abord au sport. Il constitue une victoire de la sélection haïtienne dans la Ligue des nations de la Concacaf.
Mais, pour une partie du public haïtien, le contexte historique peut donner à cette victoire une résonance émotionnelle supplémentaire.
Cette dimension était d’ailleurs perceptible avant même le coup d’envoi. Des observateurs avaient souligné que cette rencontre se déroulait dans le contexte plus large des relations historiques, migratoires et politiques complexes entre les deux pays. Au coup de sifflet final, le tableau panneau d’affichage indiquait simplement quatre buts pour Haïti contre un pour la République dominicaine.
Le football peut produire de la fierté. La mémoire, elle, exige du travail, des témoignages et de la transmission. Entre 1937 et 2026, ce ne sont donc pas les mêmes armes qui se sont exprimées. En 1937, la violence a frappé des civils. En 2026, les joueurs haïtiens ont répondu sur un terrain de football. Et c’est précisément cette différence qui permet de comprendre la portée symbolique de cette victoire sans confondre sport et tragédie historique.
