Haïti/Économie: tout savoir sur le budget de l’exercice fiscal 2026-2027

Haïti/Économie: tout savoir sur le budget de l’exercice fiscal 2026-2027

La direction générale du Budget (DGB) service techniquement déconcentré du Ministère de l’Économie et des finances a rendu public le décret du 30 septembre 2026 organisant le budget général de l’exercice fiscal 2026-2027. Adopté en conseil des ministres, ce budget prévoit une enveloppe de 401,2 milliards de gourdes. Il accorde une place importante à la sécurité publique, au processus électoral, au fonctionnement des institutions et aux investissements publics. Son exécution constituera un enjeu majeur dans un contexte marqué par l’insécurité et la fragilité économique. Entre sécurité, l’organisation des élections et le financement des institutions, l’enjeu concerne bien l’utilisation de cette somme et les résultats attendus.

Un budget en augmentation de 11,3 %

Selon les données publiées par le ministère de l’Économie et des Finances (MEF), cette enveloppe représente une augmentation de 40,889 milliards de gourdes, soit 11,3 %, par rapport au budget rectificatif de l’exercice 2025-2026, évalué à 360,311 milliards.

Cependant, selon l’économiste Joël Brisma, d’un point de vue macroéconomique, ce budget privilégie des dépenses de stabilisation et de fonctionnement « ce n’est pas un budget d’investissement capable de générer une croissance durable » a réagi l’économiste.

Une quote-part de 73 milliards de gourdes pour la sécurité publique.

La sécurité constitue l’un des axes majeurs du budget 2026-2027. Le gouvernement prévoit une enveloppe de 73 milliards de gourdes pour les ministères de la Justice et de la Défense, soit environ 18 % du montant total.

Ces crédits doivent notamment contribuer au financement des effectifs de la Police nationale d’Haïti (PNH) et des Forces armées d’Haïti (FAd’H), ainsi qu’à leurs besoins opérationnels : carburant, équipements, alimentation, maintenance, logistique, communications et soutien aux opérations.

Le document de présentation budgétaire prévoit également la poursuite du programme P-4000, destiné au recrutement et à la formation de 4 000 nouveaux policiers. Il évoque en outre la progression des effectifs des Forces armées vers l’objectif gouvernemental de 15 000 soldats sur trois ans.

8,6 milliards de gourdes prévus pour les élections

Le processus électoral représente une autre priorité du budget. Les dépenses exceptionnelles consacrées aux activités électorales et au soutien aux partis politiques passent de 5,9 milliards de gourdes dans le budget rectificatif 2025-2026 à 8,6 milliards pour le nouvel exercice.

Cette augmentation de 2,7 milliards de gourdes doit contribuer à couvrir les besoins liés à l’organisation des opérations électorales, à leur sécurisation, à la logistique, à la communication et à l’accompagnement des structures concernées.

Le budget prévoit également des crédits supplémentaires pour le fonctionnement des institutions de l’État, notamment le Parlement et la Présidence, dans la perspective du renouvellement du personnel politique après les élections.

Les dépenses courantes absorbent plus de la moitié du budget

Les dépenses courantes sont estimées à 232,624 milliards de gourdes, soit environ 58 % de l’enveloppe totale. Elles couvrent notamment les rémunérations du personnel public, les achats de biens et services, les quotes-parts, les subventions et les intérêts de la dette. Une telle allocation laisse peu de place aux investissements dans des secteurs clés comme l’éducation, l’agriculture et l’environnement avait fait remarquer l’économiste Kesnel Pharel au cours d’une interview accordée à radio Magik9 au début de cette semaine.

Les dépenses de personnel atteignent 121,609 milliards de gourdes, contre 113,548 milliards dans le budget rectificatif 2025-2026. Les dépenses en biens et services passent de 70,272 à 77,846 milliards, tandis que les quotes-parts et subventions progressent de 22,401 à 26,557 milliards de gourdes.

Comment le gouvernement compte-t-il financer ce budget ?

Le financement du budget repose sur plusieurs sources. Les recettes courantes sont estimées à 262,9 milliards de gourdes, soit 65,5 % des ressources totales prévues.

Les recettes attendues de la Direction générale des impôts (DGI) s’élèvent à 95 milliards de gourdes, tandis que celles de l’Administration générale des douanes (AGD), hors recettes pétrolières, sont évaluées à 129 milliards. Les recettes pétrolières sont, pour leur part, estimées à 36 milliards de gourdes.

Le budget prévoit également 91,75 milliards de gourdes provenant des dons et emprunts, ainsi que 35,179 milliards issus des bons du Trésor.

La mobilisation des recettes fiscales et douanières sera donc déterminante pour la réalisation des objectifs budgétaires. Les dons et emprunts constituent également une composante importante du financement annoncé. À ce stade également l’économiste Pharel fait état de limitations du décret de finance en ce sens que les ressources disponibles sont maigres par rapport aux besoins du pays qui demeurent considérables.

Quels effets pour la population ?

Selon ce que nous raconte l’économiste Joël Brisma, dans un pays comme le nôtre où le secteur informel représente une part immense de l’activité économique, cette pression fiscale va peser lourd sur le secteur informel et la classe moyenne n’est pas à l’abris. « Les taxes douanières risquent d’alimenter la hausse des prix des produits importés, qui constituent l’essentiel de notre consommation de base” a-t-il indiqué.

En somme, avec une enveloppe de 401,2 milliards de gourdes, le Budget général 2026-2027 place la sécurité, les élections et le fonctionnement des institutions au cœur des priorités annoncées par le gouvernement haïtien. Il prévoit parallèlement une hausse des dépenses en capital et une mobilisation accrue des recettes publiques.

Mais l’importance d’un budget ne se mesure pas uniquement à son montant selon l’Économiste. Elle se juge aussi à la capacité de l’État à mobiliser les ressources prévues, à exécuter les projets annoncés, à assurer la transparence des dépenses et à produire des résultats vérifiables pour la population déjà en proie à une inflation qui devrait osciller entre 17.3 et 15.8% en 2026-2027.

Clervens CASSEUS

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