Aly Acacia, porte-flambeau de la culture haïtienne

Aly Acacia, porte-flambeau de la culture haïtienne
In extenso

Dans le monde des plantes à fleurs, on compte plus de 1 500 espèces d’Acacias. En Haïti, on n’en compte qu’une seule, Aly. Ce mot d’esprit qui met, inattendument, en relation le natif du Cap-Haïtien et l’univers floral, est digne de décrocher un sourire des lèvres du concerné, tant il est lui-même passé maître dans l’art de la parole croquante, du beau dire, à travers ses chroniques culturelles et musicales qui informent, forment et divertissent.

En fait, depuis 2016, Aly Acacia publie dans le journal Le Nouvelliste des articles de haute facture sur la musique haïtienne, des artistes et des groupes musicaux jouissant d’une certaine célébrité. Il suffit de voir ou d’entendre parler cet homme, marié deux fois et divorcé deux fois, pour comprendre que la Simplicité est pour lui une philosophie, mieux encore, un mode de vie. Les premiers signes de cette marque de grandeur qui semble résumer le septuagénaire (15 décembre 1961) sont à rechercher dans son enfance et son adolescence… peut-être.

Aly Acacia était un enfant solitaire. Adolescent, réservé. Solitude et réserve, deux écoles du génie qui permettent de voir le monde et tout le monde sans être vu, de comprendre et d’appréhender le sens et l’essence des choses.

Une visite dans les archives scripturales du père de quatre enfants, qui ont tous et chacun une place prépondérante dans son cœur, fait défiler sous nos yeux, non sans émerveillement, des artistes et des groupes qui ont profondément marqué la musique haïtienne, le « Compas » en l’occurrence.

En effet, il a campé Roger M. Eugène (Shoubou), l’incomparable showman du Tabou Combo, l’impresario Dada Jacaman, Les Shleu Shleu, le roi Coupé Cloué, l’unique Ulrick (Tuco) Bouzi, le prolifique Réginald Policard et le Caribbean Sextet, etc. Son article « Hermann Nau et son ultime projet », publié en juillet 2021 dans les colonnes du doyen de la presse haïtienne à la mort de ce mythique musicien est un classique. Ce texte a d’ailleurs été lu sous forme de poésie par Roselin Jean avec une trame musicale de chansons du groupe Tabou Combo, une première dans ce domaine.

Sa rencontre avec le couple Jasmin lui permettra de concrétiser un de ses rêves les plus chers : présenter de par le monde les rythmes et danses d’Haïti à travers des festivals. Ainsi, en juillet 2016, après la fondation de l’organisation Ayitidans, ils réaliseront le Festival International de Danse Konpa. Là ne prendra pas fin leur collaboration. Plus tard, en 2018-2019, avec l’ajout de Claude Bernard Célestin, ce dynamique quatuor mettra sur pied le Konpa Danse Challenge, un concours national de danse Compas.

Le Skah Shah à travers Georges Loubert Chancy, Joe Jack, la musique comme vision et refuge, Joé Dwèt Filé inscrit le Konpa dans la modernité…, autant d’articles-chef-d’œuvres qui donnent à voir et à contempler la magnificence d’Haïti à travers ses grands Maîtres de l’Art musical.

Aly Acacia qui, tour à tour, a été disc-jockey, gérant de discothèque, manager de groupe musical, organisateur de soirées dansantes et culturelles, vit aujourd’hui à Montréal (Canada) où il enseigne le français à l’École secondaire d’Anjou. Pour autant, il n’a pas délaissé ses projets de mise en valeur de la culture haïtienne dans les domaines de la littérature, de la musique et des arts de la table. Akim et Abdel Acacia, deux de ses quatre enfants, le soutiennent.

Malgré ses innombrables accomplissements, l’ancien propriétaire de Mélodisque (Pétion-Ville) s’estime encore loin de son but : la reconnaissance du Konpa comme Patrimoine Culturel Mondial de l’UNESCO.

Ce rêve est plus qu’un rêve, c’est un acte de foi. Le Compas étant sa religion. Sa seule, d’ailleurs. Puisque pour cet homme, ancien élève quasi nul en mathématiques et qui par la suite allait enseigner cette matière au Canada (la preuve que l’homme est ou serait bien perfectible), ‘’les religions, créations humaines, ne sont pas indispensables à l’évolution de l’humanité. Au contraire, les intégristes et les fanatiques religieux ont commis de nombreux torts à l’humanité. Les grandes religions organisées ont été à l’origine de nombreux conflits qui ont engendré mort et désolation. Malheureusement, elles répondent à un besoin chez certains individus, lié à un manque d’évolution de la conscience, qui crée un besoin d’un intermédiaire entre l’individu et Dieu’’.

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