Après avoir provoqué l’explosion,Ariel Henry s’est réfugié dans son mutisme habituel

Pas un mot. Depuis qu’il a lâché la bombe, après son retour de voyage de la Floride (Etats-Unis) où il était censé rencontrer des soi-disant entrepreneurs intéressés à venir investir en Haïti, le Premier ministre n’a daigné réagir en dépit de l’escalade qui caractérise le climat dans un pays en ébullition.

Malgré la réprobation populaire, le gouvernement s’est montré impassible en confirmant l’augmentation des prix de l’essence à la pompe par un communiqué rendu public mercredi. Ceci est venu attiser le feu allumé par la déclaration d’Ariel Henry de mettre un terme à la subvention des produits pétroliers. L’État haïtien, dit-il, n’a plus les reins pour continuer à payer la lourde facture à la place des consommateurs. 

Mais les citoyens, eux, ne l’entendent pas de cette oreille. Pas question de laisser faire l’équipe au pouvoir. Et tous les moyens sont bons pour signifier le refus d’accepter les nouveaux prix annoncés. D’un bout à l’autre du pays, on bloque, on pille, on casse, on brûle.

Haïti en mode lock

Dès lundi après-midi, les artères de la république, du moins celles de la région métropolitaine de Port-au-Prince notamment ont commencé à faire l’objet d’obstruction. Détritus, pneus enflammés, pilonnes électriques et branches d’arbres sont utilisés pour rendre difficile voire impossible la circulation automobile. C’est quasiment partout pareil, dans la capitale comme dans les autres grandes villes du pays tels les Cayes, Cap-Haïtien, Jérémie, Saint-Marc, Gonaïves, Jacmel entre autres. 

Les protestataires s’en prennent au passage à des institutions ou entreprises œuvrant selon eux contre l’intérêt de la collectivité. Banques privées ou publiques, édifices étatiques et autres établissements ont été, à date, la cible de manifestants en colère désirant notifier leur exaspération au chef du gouvernement et son équipe.  

Scènes de pillage

Dans la foulée de la colère liée au rejet des nouveaux prix communiqués, certains trouvent l’occasion de se faire ‘’justice’’ en s’attaquant à des entreprises, pillées la plupart du temps sous les regards impuissants ou complices des agents de l’ordre. À Delmas, À Pétion-Ville, à Port-au-au-Prince, aux Gonaïves comme dans le reste du pays, les images de locaux d’entreprises/ organisations humanitaires mises à sac par des manifestants font le tour des réseaux sociaux. 

A chaque fois, ils réussissent leur coup avant que les forces de l’ordre n’interviennent sur les lieux du forfait !

Des politiciens indexés

Dans cette furie, où les esprits sont plus que surchauffés, des leaders politiques considérés il n’y a pas longtemps comme des défenseurs du peuple en raison de leur prise de position contre ce qu’ils appelaient « l’horreur », se voient désormais la cible des protestataires.  Dans la seule banlieue de Thomassin, les résidences d’André Michel, d’Edmonde Supplice Beauzile et de Ricard Pierre (ministre de la Planification et de la Coopération externe) ont été attaquées par des foules de gens irrités par l’attitude de ces derniers vis-à vis d’un pouvoir porté à bout de bras sans aucun recul.

Mais d’entre toutes les cibles, l’ancien sénateur du Sud-est n’est pas resté les bras croisés. Au moins un mort et des blessés ont été recensés parmi les envahisseurs qui ont choisi de s’en prendre à la résidence de Ricard Pierre à Soisson car ses agents de sécurité étaient sur leur garde au moment de l’attaque.

Une allure de campagne…

Il va sans dire que dans ce tohu-bohu engendré d’abord par la rareté puis l’annonce de l’augmentation des prix des produits pétroliers à la pompe chacun cherche à tirer son épingle du jeu. 

Tandis que des manifestations se tenaient ici et là à travers le pays pendant les jours précédant la sortie du chef du gouvernement, il nous a été permis d’observer des démonstrations de force de part et d’autre. Des leaders, sans même le dire ouvertement se sont plutôt intéressés à faire la preuve de leur popularité dans leurs fiefs respectifs sous prétexte de rassemblements contre la vie chère, la rareté du carburant dans les pompes ou encore le taux du dollar américain par rapport à la gourde. 

En plein dans cette guéguerre, des alliés d’hier ne se gênent pas de dévoiler leurs hostilités aujourd’hui en s’accusant mutuellement d’actes répréhensibles pour la plupart suspectés jadis.

La PNH, incapable d’assumer sa mission de protéger les vies et les biens

Bien avant ces effervescences relatives à l’annonce de l’augmentation des prix du carburant à la pompe, la police nationale avait montré ses limites en ne parvenant pas à garantir la circulation des citoyens sur toute l’étendue du territoire national. Des pans entiers du pays étant contrôlés par des groupes armés qui y font régner leur loi.

Les mouvements de cette semaine donc mettent encore à l’épreuve cette institution policière essoufflée, à bout de moyens et sans grande capacité de dissuasion à l’égard des protestataires visiblement déterminés à déverser leur trop plein par n’importe quel moyen, y compris celui de s’approprier les biens d’autrui au vu et au su de tout le monde.

Qui dira halte-là ?

S’il est vrai que le gouvernement s’est lancé, via son ministre de la Communication et celui du Commerce dans un exercice d’explication par rapport à la hausse des prix avant l’adoption officielle de la mesure, force est de constater qu’en dépit de l’exacerbation de la violence caractérisée notamment par les scènes de pillage et de meurtre le gouvernement n’a pipé mot.

Dans des moments comme celui-ci, il faut une voix autorisée, imbue de l’importance de sa portée, de son influence, pour appeler au calme. Ce dont Haïti semble ne pas disposer pour l’instant vu que l’incertitude hante tous les esprits. Vu que quatre (4) jours après l’escalade on attend toujours cette voix d’autorité qui saura calmer les ardeurs et faire revenir la sérénité dans la cité. 

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