Bedjine ou l’incarnation artistique et symbolique du “mango mi”

Bedjine ou l’incarnation artistique et symbolique du “mango mi”

Comme presque tous les succès connus par d’autres Haïtiens dans d’autres domaines, le succès musical et artistique de Marie Bedjine Love David alias Bedjine fait peur. Haïti est ce singulier petit pays de paradoxe où l’on vous demande instamment de « Réussir » par tous les moyens, mais quand cette réussite prend corps elle devient cible, cause de malheurs, objet de haine, sujet de railleries.

Aucun Haïtien natif natal n’ignore les vieilles histoires de mauvais sorts jetés sur l’élève le plus brillant du quartier, des incantations dont sont victimes l’homme ou la femme d’une quelconque communauté qui osent se démarquer par la mobilité sociale… C’est monnaie courante. Ainsi, l’on comprend vite pourquoi l’ascension fulgurante de celle qui fait les beaux jours de l’artiste Kadilak dérange autant. « Se sou mango mi yo voye wòch », disent les sages des temps reculés. Et c’est bien vrai !

S’il y a une chose qui fait l’unanimité, même quand certains, ceux-là même qui la raillent, l’injurient et tentent de la disqualifier socialement sur les réseaux sociaux, voudraient bien le cacher, c’est que Bedjine est à la fois une « Voix » et une « Présence ». En solo ou en duo, elle s’impose par sa singularité vocale, ses gestes bellement lascifs, ses déhanchements volcaniques… L’Artiste est tellement bourrée de grâces et de vertus artistiques qu’on lui cherche à la loupe des failles non inhérentes à son Art. Elle est scrutée, traquée, même son vocabulaire et son langage sont passés au peigne fin. C’est normal… ou presque. Sinon, cette petite fille, autrefois efflanquée, qui faisait quelques-uns de ses premiers pas aux côtés du rappeur Fantom, pourrait avoir la vanité de se prendre pour une Déesse.

« Elle a pris son envol, certes, mais coupons-lui les ailes de peur qu’elle n’aille plus loin, trop loin ; dépassant ainsi les frontières de la maudite HIM ! ». Ainsi raisonnent certains artistes, bloggeurs et même des fans hargneux face au SUCCÈS en majuscule de l’interprète de Kita nago. Le fruit mûr suscite la concupiscence des yeux et du cœur. C’est un fait !

Et pourtant, Bedjine est déjà loin. Contre vents et marées. Contre la haine structurelle, structurée et structurante. Contre toute forme de sexisme mal masqué. Bedjine est très loin, puisqu’elle est en lice, avec son compagnon Kadilak, dans deux catégories aux Music Video Africa Awards 2025, une prestigieuse distinction panafricaine qui récompense les meilleurs clips musicaux et talents de la scène artistique africaine et de sa diaspora. Pendant qu’on questionne à tort et à travers son niveau académique jusqu’à lui demander de retourner à l’école, Bedjine dans l’Art qu’elle a fait sien, la musique, est en passe de faire école.

Le génie, même naissant, puisque sa naissance déjà dit sa grandeur et la montre, provoque toujours trouble et fascination, colère et admiration. L’effet Bedjine n’échappe pas à la règle. Fille de basse extraction, la jeune artiste de 27 ans est arrivée au ‘Sommet’, là où l’une avait pris ‘rendez-vous’. Conséquemment, cela ne peut que faire ‘Mal’ à l’autre. Suivez mon regard…

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com