Haïti: les grandes révélations du nouveau rapport de l’ONU
Le dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti dresse un constat particulièrement préoccupant : la crise sécuritaire ne repose pas uniquement sur l’action des gangs. Elle serait alimentée par des réseaux mêlant acteurs armés, responsables politiques, intérêts économiques et certains membres des forces de sécurité.
Des liens entre gangs et politique
L’une des principales révélations du rapport concerne les connexions présumées entre des personnalités politiques et des groupes armés. Les experts de l’ONU citent notamment plusieurs responsables ou anciens responsables politiques dans leurs investigations sur les violences à Kenscoff et dans d’autres régions.
Le rapport décrit notamment des mécanismes présumés de financement, de transmission d’informations et de soutien à des groupes armés. Les personnes citées contestent certaines accusations. Il est important de rappeler que les conclusions d’un groupe d’experts de l’ONU ne constituent pas, à elles seules, une condamnation judiciaire.
Les gangs restent puissants malgré les opérations
Les autorités haïtiennes et leurs partenaires ont réussi à reprendre certains territoires, notamment dans la région métropolitaine. Mais l’ONU estime que ces avancées restent fragiles. Les groupes armés conservent leur capacité à recruter, obtenir des armes, lever des fonds et étendre leur influence.
Les enlèvements demeurent une importante source de revenus. Le rapport fait état de 143 enlèvements en janvier et février 2026, avec des demandes de rançon pouvant atteindre des montants très élevés.
Autre constat sensible : des membres des forces de sécurité sont soupçonnés d’avoir participé au détournement de munitions ou d’avoir entretenu des contacts avec des groupes armés.
Enfants et violences sexuelles
Le rapport met également en lumière l’ampleur du recrutement des enfants. Selon les Nations unies, les mineurs peuvent représenter 30 à 50 % des membres de certains groupes armés. Les violences sexuelles restent par ailleurs massives. Entre janvier et mai 2026, Médecins sans frontières a pris en charge 2 485 victimes de violences sexuelles en Haïti.
Des civils également victimes des opérations antigang
L’ONU attire l’attention sur les conséquences des opérations de sécurité. Entre octobre 2025 et avril 2026, les experts recensent 3 165 morts et 1 551 blessés dans les violences. Les opérations de sécurité représentent une part importante des victimes recensées. L’utilisation de drones armés fait notamment l’objet de préoccupations concernant les risques pour les civils.
Le risque électoral
À l’approche des prochaines élections, l’ONU lance un avertissement : les groupes armés pourraient chercher à influencer le processus politique, en contrôlant certains territoires, en intimidant des électeurs ou en servant d’instruments à des acteurs politiques.
En somme, le rapport montre que la crise haïtienne dépasse largement le phénomène des gangs. La violence s’inscrit dans un système où se croisent criminalité, politique, argent, armes et faiblesse institutionnelle. Pour l’ONU, combattre uniquement les groupes armés ne suffira donc pas : il faudra également s’attaquer aux réseaux qui les financent, les arment ou les protègent.
