Kémi Séba: “Les Haïtiens doivent organiser une nouvelle Cérémonie de Bois caïman pour sortir de la colonisation au 21ème siècle”

Kémi Séba: “Les Haïtiens doivent organiser une nouvelle Cérémonie de Bois caïman pour sortir de la colonisation au 21ème siècle”

En visite en Haïti, plus précisément au Cap-Haïtien, depuis le mercredi 28 mai 2025, le Président de l’Organisation non-gouvernementale Urgences Panafricanistes, Kémi Séba, de son vrai nom Robert Gilles Stellio Capo Chichi, s’est prononcé sur la situation actuelle du pays hautement dominée par les groupes armés qui y instaurent une violence inouïe. Dans une interview accordée à Télégramme360, le militant panafricaniste a reconnu que la situation actuelle de la Première République noire est le corollaire d’une dynamique multifactorielle. Grosso modo, selon lui, l’oligarchie occidentale n’est pas la seule responsable de l’effondrement d’Haïti, même si elle en est la principale.

« Nous ne pouvons pas exonérer l’oligarchie haïtienne quand il s’agit de responsabiliser ceux qui maintiennent Haïti dans le cycle infernal du chaos », a analysé Kémi Séba qui appelle, d’entrée de jeu, le peuple haïtien à agir dans un cadre d’autodétermination afin de se défaire de la victimisation éternelle, en devenant ainsi l’acteur de son propre destin.

Durant son passage en Haïti, outre les conférences publiques données dans la Cité christophienne, l’homme politique du Bénin a révélé avoir eu des conversations avec des chefs de gangs qui, confie-t-il, ont pris conscience d’avoir été instrumentalisés à des fins qui les dépassent. « Dans mes échanges avec certains membres de groupes armés, je leur ai clairement demandé de cesser de tirer sur le peuple. Je leur ai dit que le peuple n’est pas l’ennemi, et que les ennemis véritables ce sont ceux-là qui les ont armés, que c’est l’oligarchie néolibérale qui veut noyer, asphyxier et broyer Haïti », a souligné Kémi Séba, précisant toutefois que certains membres de gangs n’adhèrent malheureusement pas à sa démarche.

Très acide vis-à-vis de l’élite politico-économique haïtienne, l’homme qui a été déchu de sa nationalité française en 2024 estime que c’est par la faute de celle-ci qu’Haïti se trouve enfoncée dans le chaos aujourd’hui. « Le problème c’est que cette élite-là reçoit ses ordres à Washington, à Paris et à Montréal. C’est pourquoi Haïti n’est pas un pays souverain », a-t-il accusé. Selon lui, c’est une entente tripartite entre l’oligarchie occidentale, l’oligarchie haïtienne et l’oligarchie kényane qui a permis l’envoi en Haïti de la Force multinationale menée par des officiers du Kenya.

Pour Kémi Séba, le prolétariat kényan n’est pas responsable si « certains frères noirs se mettent au service de colons blancs contre d’autres frères noirs ». A ce titre, KS a rappelé que l’intellectuel martiniquais Frantz Fanon avait déjà prédit « qu’arriverait le moment où le colon blanc laisserait la place sur le terrain physique au colon noir, même si le colon blanc continuerait de tirer les ficelles ». 

Ne se contentant pas de dénoncer le mal et de diagnostiquer le problème, celui qui est souvent accusé de suprémacisme noir a tenté de fournir quelques pistes de solution pour sortir Haïti du marasme dans lequel elle est engluée. D’après lui, le panafricanisme dont Haïti est la matrice, est la voie salutaire à prendre pour peu que cette idéologie politique fait la promotion des valeurs qui élèvent l’homme, telles la justice sociale, l’anticolonialisme, la bonne gouvernance entre autres. De plus, il estime nécessaire que les Haïtiens se rejoignent pour une nouvelle Cérémonie de Bois caïman.

« Aujourd’hui Haïti est fragmentée, fragilisée par des batailles de gangs, instrumentalisés par des entités qui se présentent pourtant comme des amies d’Haïti et qui dans la réalité fournissent des armes au peuple. Il faut que les gangs armés retournent leurs armes contre ces entités-là qui ont colonisé leur pays au 21ème siècle… », a-t-il conseillé, avant d’ajouter que l’élévation de la Première République noire passera indubitablement par une prise de conscience de tous les secteurs, des jeunes notamment quelques leurs approches politiques ou religieuses, qui doivent se transcender, faire vœu commun comme l’avaient fait les esclaves en 1791, lors de cette Cérémonie mystique qui a donné naissance à l’Indépendance d’Haïti en janvier 1804.

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