Kettly Julien, une voix militante pour les “sans-voix”
In extenso
Dans le panorama des militants des droits humains, la figure de Kettly s’impose en grand. Cette femme qui, par devoir, s’est toujours mise au service des autres croit encore au « dialogue possible » dans cette société en lambeau. Elle est née dans la Capitale, le 25 février 1964, sans être pour autant Port-au-Princienne. Naturellement et viscéralement, Kettly Julien est Capoise ! En effet, c’est dans la deuxième ville du pays (Cap-Haïtien) qu’elle a grandi, est allée à l’école primaire et secondaire, a batifolé avec ses amis (es) durant son bel âge, a connu les premières délices et amertumes de la vie…
Au regard de l’histoire, Kettly Julien est fille d’Henri Christophe ! Cette précision, mieux encore, cette réclamation chère à la militante invétérée des droits de la personne humaine, explique, s’il en était besoin, pourquoi l’histoire de sa vie est aussi immense et profonde que la Citadelle Lafferrière. Aussi hospitalière que la Vallée de Jacmel, ville natale de sa mère, aussi ouverte d’esprit que le grand Nord, terroir de son paternel, cette mère de trois (3) enfants (une fille et deux garçons) a toujours été guidée par un humanisme infaillible qui ne s’est jamais démenti ; et ce, malgré les multiples déceptions qu’elle a souvent connues dans son sempiternel combat pour l’établissement définitif de la Démocratie en Haïti.
Parce que sa voix dérange ennemis de la Démocratie et pseudo-démocrates, elle a été arrêtée, à tort, sous l’accusation de « complot contre la sûreté de l’État », en février 2004, sous la Présidence de Jean-Bertrand Aristide. Et parce qu’aussi sa voix rassure, elle a été à plusieurs reprises membre de commissions présidentielles ou gouvernementales cherchant des solutions aux crises humanitaires, sociales, politiques.
Femme d’action, femme libre
L’engagement citoyen et la passion dont Kettly Julien a toujours su faire preuve pour le respect de la dignité humaine, démontre effectivement, comme l’a dit Hannah Arendt, que « c’est dans l’action que l’homme fait sa première expérience de liberté dans le monde ». Depuis qu’elle est revenue en Haïti, à la fin des années 90, après avoir bouclé ses études en Sciences Politiques au Canada, la Christophienne milite quotidiennement pour la pleine jouissance des droits fondamentaux par tous les Haïtiens, à quelque catégorie sociale qu’ils puissent appartenir.
Non motivée par l’appât du gain, la fervente catholique et membre de plusieurs chorales a commencé sa carrière de militante des droits humains en faisant du volontariat au Centre Œcuménique des Droits de l’Homme (CEDH) aux côtés de Jean-Claude Bajeux. Chemin faisant, elle rencontre Victor Benoit et intègre l’Institut Mobile d’Éducation Démocratique (IMED), en 1997, comme simple membre, puis est devenue conseillère avant d’en prendre finalement les rênes comme Directrice Exécutive, en 2000.

Éducation civique du Citoyen, Accompagnement des masses défavorisées en milieu rural, Foire médicale sur le terrain, Réinsertion des mineurs en conflit avec la loi, Enquêtes en milieu carcéral, Observation électorale… le champ d’action de l’IMED, structure créée en 1986 par des Intellectuels engagés après la chute de Duvalier fils, ne cesse de s’élargir d’âge en âge comme la vision de celle qui en détient les manettes depuis environ deux décennies.
Partisane du dialogue
Fin mars 2019, dans un élan patriotique infaillible, Kettly Julien avait consenti de présider le Comité de facilitation du dialogue inter-haïtien, qu’avait mis en place le 58ème locataire du Palais national. En effet, la Démocrate convaincue avait accepté ce poste dans une ambiance sociopolitique délétère parce que pour elle : « L’heure du dialogue avait sonné ».
Que l’on ne s’y méprenne pas ! Cette battante, fan de basketball (même si elle ne s’y intéresse plus depuis la mort de Kobe Bryant en 2020) et de football, qui concilie maternité, loisir et militantisme, n’était pourtant pas en panne de « Job » … Aujourd’hui, comme un acte de foi dans la Défense des droits humains, la sexagénaire continue d’attirer l’attention de ceux qui portent mal le titre d’autorité sur l’urgence carcérale en Haïti.
Pour cette femme de nature têtue et perfectionniste, qui a déjà fait ses preuves dans cette société haïtienne sexiste jusqu’à l’os, l’unité du 18 mai 1803 entre les Noirs et les mulâtres est la source où devraient se désaltérer les protagonistes du chaos, au XXIème siècle !
