Le gouvernement de transition et sa justice à double vitesse
Plongé dans un état léthargique comme bon nombre d’institutions, le Ministère de la justice et de la sécurité publique a tenté de se réveiller en date du 12 mai 2025, par la transmission d’une correspondance au Commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, Frantz Monclair.
« Le gel immédiat de tous les comptes appartenant aux individus sanctionnés sous le régime des Nations Unies, ainsi que ceux appartenant à leurs complices, conformément aux dispositions de la résolution 2653 du conseil de sécurité des Nations Unies et à celles du décret du 30 avril 2023 sanctionnant le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération des armes de destruction massive ». Voilà la mesure prescrite par le Ministre Patrick Pélissier au Parquetier, en enjoignant également à toutes les institutions spécialisées et de contrôle financier d’enquêter sur les activités financières généralement quelconques de ces sanctionnés.
Ce qui attire l’attention dans cette démarche, en tout premier lieu, c’est son caractère sélectif et/ou réducteur. En effet, hormis l’ancien député-prisonnier Victor Prophane, toutes les personnes frappées par les sanctions onusiennes sont des chefs de gangs. L’Organisation des nations unies liste ainsi ses sanctionnés, accusés de participer activement à la déstabilisation du pays à travers leurs activités criminelles :
- Jimmy Cherizier alias “Barbecue”, ancien policier devenu chef de gang, il dirige la fédération criminelle « Famille G9 et alliés ». Il a été le premier à être sanctionné en octobre 2022 pour des actes menaçant la paix, la sécurité et la stabilité d’Haïti.
- Johnson André alias « Izo », chef de la bande “5 Segond”, actif à Port-au-Prince.
- Renel Destina alias “Ti Lapli”, chef du gang « Grand Ravine », impliqué dans des activités criminelles violentes.
- Wilson Joseph alias “Lanmò San Jou”, chef du gang notoire « 400 Mawozo », connu pour des enlèvements de masse.
- Vitelhomme Innocent, chef du gang « Kraze Baryè », impliqué dans des actes de violence et de trafic d’armes.
- Victor Prophane, ancien parlementaire, accusé d’implication dans le trafic d’armes et de recourir à la violence pour des gains politiques.
- Luckson Elan, chef du gang « Gran Grif », impliqué dans des activités criminelles.
Delà, l’on peut questionner la tentative de réveil du Ministère de la justice et de la sécurité publique qui semble avoir enfoncé une porte ouverte, en ce sens que les mesures conservatoires prises contre les caïds risquent de n’avoir aucun effet, puisque ces derniers ne seraient pas personnellement engagés dans des transactions bancaires. De plus, les mesures en question pourquoi ne s’étendent-elles pas jusqu’aux politiciens et hommes d’affaires frappés par les sanctions américaines et canadiennes ?
Quid des conseillers-présidents ‘’corrompus’’ ?
Il a été démontré par l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) que des membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) sont trempés jusqu’au cou dans la corruption. Même si elle n’est plus d’actualité, l’affaire des cent millions de gourdes de la Banque nationale de crédit reste bien présente dans les esprits.
Puis, il y a les millions de gourdes destinés au service de renseignement qui seraient tout carrément empochés par la bande à Fritz Alphonse Jean. A la réflexion l’on se demande : pourquoi le Ministère de la justice et de la sécurité publique n’a pas fait siens ces dossiers ?
Pourquoi le titulaire du MJSP se montre sélectif et réducteur dans ses choix d’ordre judiciaire alors que le pays attend que la justice se montre impartiale tant envers les bandits qu’à l’égard des criminels en col blanc…
