Marie Yolène Gilles, la “Défenseure totale” des droits humains, jamais en service minimum
In extenso
Militante des droits humains de la première heure, Marie-Yolène a, sans contredit, l’âme taillée pour le combat contre les injustices sociales quel que soit le costume qu’elles portent. Amie de tous et ennemie de chacun, elle semble s’être donnée, tacitement, pour devoir de déplaire.
Celle qui a fait des valeurs d’honnêteté, d’intégrité, de tolérance, de compassion et de courage le socle de sa vie, privée et professionnelle, est logée à la même enseigne que Thémis, déesse de la Justice, de la Loi et de l’Equité. Dieu seul sait si elles ne partagent pas le même lit ! Paradoxe : de nature chèch kò (chétive), la Port-au-Princienne d’un mètre 53 effectue mieux que quiconque ce travail de Sisyphe qu’est la militance pour le respect des droits de l’homme en Haïti.
C’est en 1999 que Lèlène, ancienne journaliste-reporter de Radio Cacique et de Télévision PVS Antenne 16, station et chaîne qui n’existent plus aujourd’hui, avait fait son entrée dans l’arène de combat pour l’éradication des injustices et inégalités sociales, de la corruption, de l’impunité, entre autres fléaux, en intégrant le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH). Mais, dix (10) ans auparavant, soit en 1989, Marie Yolène Gilles a connu l’exil durant le régime militaire de Prosper Avril, alors que sa mère et sa nièce avaient été arrêtées à cause de son implication dans la dénonciation des conditions lamentables que connaissait la population haïtienne.
En 1992, elle a été arrêtée par le régime militaire qui a renversé le président Jean Bertrand Aristide. Née le 30 septembre 1960 à Port-au-Prince, Marie-Yolène Gilles était déjà mature en âge et en expérience pour partir en guerre contre corrompus, corrupteurs, imposteurs, sans foi ni loi, de quels qu’horizons qu’ils proviennent.

En effet, depuis deux décennies, celle qui a de nombreuses causes à défendre et d’innombrables iniquités à pourfendre, droite dans ses bottes, ne cesse d’empêcher le citoyen lambda comme le grand commis de l’État qui auraient transgressé les Lois de la République de dormir sur leurs deux oreilles.
Une Défenseure, une image
« Je ne saurais me faire complice de vos agissements ni non plus jeter ma crédibilité et mon honnêteté à la poubelle de votre irresponsabilité. Une institution qui fait de la moralité et de l’éthique son cheval de bataille doit être au-dessus de tout soupçon… », écrit Marie-Yolène Gilles, le 4 avril 2017, à son compagnon de combat, Pierre Espérance, éclaboussé par une affaire de subvention étatique au RNDDH. Passons ! Le dossier est connu. Rigoriste forcenée, partisane invétérée de la rectitude, Marie-Yolène Gilles garde son image intacte même placée devant un miroir déformant.

Femme des grands dossiers, Marie-Yolène Gilles, mère d’un jeune homme de 29 ans (ancien étudiant à la Faculté de Médecine et de Pharmacie-UEH, faisant aujourd’hui une spécialisation en médecine électronique à l’étranger) et d’une brillante fillette de 11 ans (écolière en 7ème année chez les sœurs du Sacré-Cœur), n’est jamais habitée par ce sentiment pourtant bien humain : la peur.
La défenseure des droits humains mène ses enquêtes, publie ses rapports, pointe du doigt, toujours à raison, Monsieur X ou Madame Y, en étant pertinemment convaincue, comme disent les Arabes, que : « Qui tue le lion en mange, qui ne le tue pas en est mangé ». Elle ne veut nullement se faire complice du mal par le silence.
En avril 2017, en tournant le dos presque sans grand regret à l’organisme de défense des droits humains dont elle incarnait parfaitement la voix, le RNDDH, Marie-Yolène Gilles n’a pourtant pas fermé les yeux sur ses ‘’Dossiers’’. Durant le même mois, soit le 27 avril 2017 (il y a environ 8 ans), elle et l’homme de loi, Samuel Madistin, portent sur les fonts baptismaux la FJKL (Fondasyon Je Klere), avec pour objectif : lutter pour la transformation de cet État failli (Haïti) en un État moderne, démocratique et populaire, respectueux des droits humains et des règles de la bonne gouvernance.
Cette sexagénaire pratiquante passionnée de la marche n’éprouve jamais aucune peur de descendre dans le ventre pourri de la bête pour tirer les vérités qui dérangent. Celle qui a reçu en 2012 de la part du Gouvernement américain le Prix « Femme courage d’Haïti », donne la fausse impression d’un eunuque dépourvu de toute sensibilité féminine, d’un être qui ne sait ni rire ni prendre du bon temps.
Dans un pays où les victimes sont plus enclines à se ranger du côté des bourreaux plutôt que dans le camp des justiciers ou de redresseurs de tort, il faut être lucide. Et comme l’a dit René Char : « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil ». Voilà pourquoi le sourire n’habite pas toujours le visage de Lèlène, cette femme de rigueur, de nature impatiente et méfiante dont le travail reste et demeure ardu et acharné, même si sa voix se fait de plus en plus rare sur le champ de bataille médiatique.
