Quand les Grenadiers font briller le drapeau dans l’obscurité
Par Me Joab Thelot – Avocat, Master en Administration Publique et en Sciences du Développement.
Port-au-Prince,le 19 novembre 2025.-
Alors que la République d’Haïti traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine — marquée par la montée fulgurante des gangs armés, les kidnappings, les assassinats, et l’effondrement des institutions républicaines — un souffle d’espoir inattendu est venu du terrain de football. La Sélection Nationale Haïtienne, surnommée les Grenadiers, a offert au peuple haïtien une victoire symbolique et historique en qualifiant le pays pour la Coupe du Monde pour la deuxième fois depuis 1974.
⚽ Une qualification historique, 52 ans après
La dernière participation d’Haïti à une phase finale de Coupe du Monde remontait à 1974, en Allemagne de l’Ouest. À l’époque, l’équipe avait marqué les esprits grâce à Emmanuel “Manno” Sanon, auteur d’un but légendaire contre l’Italie, mettant fin à 1 143 minutes d’invincibilité du gardien Dino Zoff. Bien que les Grenadiers aient été éliminés en phase de groupes, leur présence avait marqué l’entrée d’Haïti sur la scène mondiale.
En 2025, 52 ans plus tard, dans un contexte national bien plus chaotique, les Grenadiers ont réécrit l’histoire. Contraints de jouer tous leurs matchs de qualification à l’étranger en raison de l’insécurité généralisée, ils ont surmonté les obstacles logistiques, les préjugés, et les conditions défavorables pour décrocher leur billet pour la Coupe du Monde 2026. Chaque but marqué, chaque passe réussie, chaque cri de victoire était une réponse directe à la violence qui gangrène leur patrie.
Une équipe à l’image de l’histoire haïtienne
Les Grenadiers ont transcendé leurs origines diverses — certains évoluant dans des clubs étrangers, d’autres n’ayant jamais foulé le sol haïtien — pour former une équipe soudée, déterminée à écrire une nouvelle page de l’histoire nationale. Leur qualification n’est pas seulement sportive : elle est politique, sociale, et profondément symbolique.
Elle fait écho à l’épopée fondatrice de 1804, lorsque des esclaves venus d’horizons multiples, parlant des langues différentes, se sont unis pour vaincre l’armée napoléonienne et proclamer la première République noire indépendante du monde. Aujourd’hui encore, cette même énergie de résistance, de dépassement et d’unité anime nos joueurs.
Une lumière dans les ténèbres
Dans un pays où les gangs en sandales imposent leur loi et où les criminels en cravate manipulent les leviers du pouvoir, cette victoire sportive agit comme un électrochoc. Elle rappelle que si les armes se taisent, si les intérêts égoïstes s’effacent, Haïti peut redevenir une terre de dignité, de grandeur et de fierté.
Les Grenadiers n’ont pas seulement qualifié Haïti pour une compétition mondiale — ils ont qualifié l’espoir.
Et si cette victoire devenait un point de départ ?
L’espoir que les dirigeants haïtiens se lèveront à la hauteur d’Hommes d’État.
L’espoir que les gangs en sandales comprendront qu’il est temps de déposer les armes et d’opter pour une paix constructive.
L’espoir que les gangs en cravate cesseront de manipuler ceux des rues.
L’espoir que la bourgeoisie assumera enfin son rôle économique et cessera de se comporter en simple détaillant.
L’espoir que l’élite intellectuelle s’engagera pleinement dans les débats politiques.
L’espoir d’une diaspora plus présente, plus constructive, plus entrepreneuriale.
Bref, l’espoir que tous les Haïtiens, chacun dans sa sphère de compétence, se lèveront pour jouer leur partition dans la construction d’une Haïti meilleure.
Et si nous prenions cette victoire comme un nouveau départ ?
Et si nous changions notre attitude envers le pays, comme pour stimuler nos footballeurs héros afin qu’ils remportent la Coupe ?
Est-Ce une illusion ? Peut-être. Mais c’est une illusion qui vaut la peine d’être poursuivie.
