Haïti-Justice : Le juge Garry Orélien a-t-il toujours été dans l’engrenage de ses détracteurs actuels ?

Port-au-Prince, le 19 janvier 2022.-
Comme s’il nous arrivait d’une autre planète, le juge Garry Orélien n’a cessé de surprendre les acteurs censés pourtant le connaître suffisamment pour ensuite être à même de le présenter au commun des mortels.
Alors que le doyen du tribunal de première instance de Port-au-Prince, Me Bernard St-Vil venait de lui confier le dossier de l’enquête sur l’assassinat du président de la république, Jovenel Moïse le 23 août 2021, les seuls reproches dirigés (par des organisations comme le RNDDH et le CARDH) contre le natif de Petit-Goâve étaient qu’il manquait d’expérience pour mener une telle investigation, pendant que d’autres entités à l’image de Défenseurs Plus le félicitaient et réclamaient même que des moyens adéquats soient mis à sa disposition pour bien faire son travail.
Silence radio…

À aucun moment il n’a été question de récriminations contre le magistrat sur son côté vénal. Son passé douteux… le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) et le Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme n’avaient pas entretenu l’opinion des menées du concerné tandis qu’il faisait parler de lui à Saint-Marc soit comme substitut-commissaire du gouvernement ou comme commissaire ai à la tête du Parquet près le tribunal de première instance de cette juridiction entre 2016 et 2017.
Le nom de ce magistrat était souvent au centre des débats dans des émissions prisées de la cité de Nissage Saget pour ses manquements, écarts et actes répréhensibles de tous genres. « Il avait un jour dégainé sur le commissaire du gouvernement Wilkens Jules », témoigne un employé du parquet qui avait assisté à une altercation entre les deux hommes suite à la libération d’un prévenu par le substitut Orélien à l’insu du commissaire en chef.
« Il avait non seulement libéré le détenu contre le paiement d’une somme d’argent mais pire encore il avait gardé la pièce à conviction qui était une arme à feu. Ce qui évidemment avait irrité son supérieur », ironise un avocat du barreau de Saint-Marc réputé pour sa verve.
Le dossier en question concernait l’arrestation-à l’époque-d ’un membre d’une famille aisée de la ville pour outrage à magistrat vu que le contrevenant, armé d’un pistolet, refusait d’obtempérer à l’ordre de Me Jules à la suite d’un accrochage avec l’huissier Bernio Moïse, dépêché pour lui signifier un mandat en avril 2017.
Ce qui paraît encore plus étonnant est que jusqu’à sa nomination en tant que juge et juge d’instruction, peu de temps avant l’assassinat du chef de l’état, ce magistrat n’avait fait l’objet d’aucune réprimande publique de la part du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire.
Le mode opératoire du CSPJ !

Généralement, les décisions du conseil sont gardées secrètes quand bien même il choisit d’enquêter sur un magistrat contre lequel des griefs sont exprimés, nous a fait comprendre une source proche de l’instance qui joue le rôle de police des juges de la république.
En clair, il ne faut pas compter sur le conseil pour dire si oui ou non il donnera suite aux récentes exigences des organisations de droits humains (notamment le RNDDH) concernant d’éventuels cas de corruption impliquant le juge à qui une fin de non-recevoir a été adressée par le doyen St-Vil en réponse à sa demande de prorogation du délai pour boucler l’instruction sur le magnicide.
La même règle prévaut pour tous. Le conseil supérieur du pouvoir judiciaire ne communique pas sur qui est sous enquête ou qui ne l’est pas. Un choix qui peut paraître dérangeant dans un pays où une grande majorité de ceux qui sont placés pour prononcer le mot du droit ne jouissent pas toujours d’une bonne perception.
Dans cette catégorie de professionnels de la basoche mal vus, simples justiciables et fonctionnaires retiennent de Garry Orélien un magistrat conflictuel, guidé uniquement par son avidité. « Il avait du mal à s’entendre même avec les greffiers », ajoute un autre employé du palais de justice de Saint-Marc qui ne manque pas d’exemples pour illustrer les scènes de dispute entre le juge et ses anciens collaborateurs.
« A chaque fois c’était pour une question d’argent », se désole une secrétaire requérant l’anonymat. Ils se nomment-entre autres- Féronel Fils-Aimé, Vinson François, Rémy Cajuste, Mackendy Beauplan, ceux qui ont subi la fureur de cet homme à Saint-Marc.
A quoi devait -on s’attendre…
L’enquête sur l’assassinat de Jovenel Moise a été confiée il y a de cela environ cinq (5) mois au juge Garry Orélien en remplacement de son collègue Mathieu Chanlatte (qui s’est déporté deux semaines au paravant pour des raisons de convenances personnelles).
À Saint-Marc on en riait !
On chuchotait dans les parages du temple de Thémis comme en divers coins de la cité de Nissage Saget que l’investigation allait être bâclée. « On savait qu’il allait en profiter pour faire son beurre », déclare un jeune avocat ayant côtoyé le magistrat instructeur quand il était en charge du parquet de façon intérimaire.
Une affirmation soutenue par un journaliste animant une émission de libre tribune dans la ville et qui travaille en même temps comme correspondant permanent de l’une des stations les plus importantes de la capitale.
Une affaire dont il se servait comme moyen de chantage, s’il faut se référer aux allégations contenues dans la correspondance adressée au CSPJ par le Réseau national de défense des droits humains…

Les charges qui pèsent sur le juge, selon le rapport du RNDDH font état de plusieurs sommes d’argent reçues respectivement en contrepartie de la libération de détenus ou de renoncement à poursuivre d’autres personnes soupçonnées d’avoir pris part-à un niveau ou à un autre-au complot visant à mettre fin prématurément aux jours du chef de l’état.
Parmi les chiffres évoqués, l’on fait mention d’environ 20 000 dollars US pour la « levée de l’interdiction de départ émise à l’encontre d’un suspect ;
25 000 dollars US pour la libération de quatre policiers récemment dont au moins l’un d’entre eux aurait payé le montant consenti. Il serait également question de deux millions de gourdes reçues de la part de l’ancien directeur général de la PNH, Léon Charles pour être auditionné et blanchi dans l’affaire.
Les épisodes se déroulaient sous les regards passifs des organisations…
Par négligence ou manque d’intérêt, on laissait dans l’ombre le segment de la carrière du magistrat ayant précédé sa désignation pour conduire l’enquête sur l’assassinat du président de la république. Comme c’est le cas généralement en Haïti, quand on a une cause à défendre ou à laquelle on croit devoir s’opposer, l’on monte au créneau mais ce n’est jamais de manière désintéressée que l’on dénonce ou encense.
L’histoire récente de ce pays nous prouve que des conspués d’hier sont passés au stade de « seigneurs » vertueux avant de retomber en disgrâce au gré des circonstances.
Les circonstances déterminent la position des acteurs…
Tel militant ou homme politique, tel magistrat était-il n’y a pas longtemps- bon à être cloué au pilori rien que pour avoir adopté une position dérangeante par rapport aux intérêts de x ou y avant d’être perçu comme un ‘’prototype’’ modèle en s’alignant sur la position du ‘’Bon bò’’.
Les dénonciations de corruption véhiculées ces derniers jours contre le juge enquêteur peuvent avoir leur sens mais il y a lieu d’éviter tout acharnement inopiné dans cette affaire.
Tous ceux qui crient haro sur le baudet sont-ils vraiment motivés par la nécessité d’une investigation sérieuse en vue de faire jaillir la lumière sur l’assassinat du président Jovenel Moïse, dans son lit, le 7 juillet 2021 ?
