Inscription de 320 partis au CEP ou la marchandisation de la démocratie…
Port-au-Prince, le 16 mars 2026.-
Loin de symboliser une certaine vitalité de la démocratie en Haïti, le déferlement de la kyrielle de politiques au CEP entre le 2 et le 12 mars 2026 révèle de préférence une crise profonde de confiance et en même temps une absence de socle idéologique commun.
320 entités enregistrées voudraient dire autant d’offres politiques reflétant des manières de voir différentes greffées sur des tendances idéologiques. Or en Haïti, les acteurs ayant rempli les formalités en question sont pour la plupart connus pour avoir servi des maîtres à droite et à gauche comme pour dire que dans ce pays la question d’orientation n’est pas de mise. On passe d’une extrême à l’autre, sans gêne ni scrupule et on avance…
Quelques partis notoires, d’autres moins prisés voire des particules insignifiantes se sont engouffrés dans la caravane électorale lancée par le Conseil électoral provisoire. À leur tête, le plus souvent des gérontes, des repris de justice et d’anciens espoirs de la jeunesse devenus des parias en très peu de temps à cause de leur comportement de caméléon.

Sans véritable assise populaire ni structure, sans boussole idéologique, encore moins d’influence réelle dans la majorité des cas, ils aspirent à la validation de leur structure par l’institution électorale pour s’embrayer ver les suffrages.
Cette myriade de formations en quête de confirmation dans une petite République d’à peine 27.750 (km2) kilomètres carrés est la conséquence de la légèreté des législateurs ayant voté la loi du 20 avril 2013 sur la formation des partis politiques, certes, mais cet émiettement met surtout en avant l’incapacité des aspirants dirigeants à se réunir au sein de grands blocs solides.
Rongé par la méfiance et imbu du souci de visibilité, chaque « leader » préfère être un général sans troupe au lieu d’être lieutenant dans une grande plateforme ou coalition transformant ainsi l’échiquier en bazar politique.

Le constat étant ce qu’il est, la fragmentation du paysage politique ne peut être comprise que sous l’angle d’une recherche d’ascension socio-économique pour nombre de chefs des micro-partis animés du désir d’utiliser leur sigle ou bannière comme fonds de commerce en fonction de sa valeur transactionnelle en lieu et place d’un outil de transformation sociale.

La structure politique-perçue comme rampe de lancement- est créée dans une perspective d’accéder à des financements, de se vendre au plus offrant en négociant des alliances pour finalement obtenir des postes dans l’Administration publique. Bref, cette prolifération de structures observée ce mois de mars, est avant tout le symptôme d’une véritable marchandisation de la vie publique et non le signe d’une démocratie en bonne santé.
