La Citadelle Henri Christophe: mémoire debout, conscience vacillante!

La Citadelle Henri Christophe: mémoire debout, conscience vacillante!

Par Yves Lafortune,

Henri Christophe devrait s’énerver là où il est dans sa tombe!

La Citadelle n’est pas une simple forteresse. Elle est un défi lancé à l’histoire, une réponse de pierre au vertige de la liberté. Édifiée sous la volonté inflexible de Henri Christophe entre 1806 et 1820, elle incarne ce moment unique où Haïti, à peine née, pensait déjà en géant.

Et pourtant.

Aujourd’hui, c’est avec douleur que nous apprenons le drame qui s’y est produit. Comme si, au cœur même de ce monument de résistance, une fissure invisible révélait une autre chute, celle d’un pays qui doute de lui-même.

Quel paradoxe troublant : nous avons été capables d’ériger l’impossible, et nous peinons désormais à entretenir le possible.

Il faut se souvenir.

Se souvenir de Albert Mangonès, cet architecte de la mémoire, qui n’a pas seulement restauré la Citadelle, mais tenté d’en prolonger l’âme. Il y a conduit des jeunes, non comme des visiteurs, mais comme des héritiers. Il savait que la pierre seule ne suffit pas, il faut des consciences pour la porter.

Dommage, les jeunes emmenés par Mangonès (ministres et directeurs généraux confondus) n’ont pas su suivre le Maître. Comme si la transmission s’était interrompue au seuil même de l’exigence.

Aujourd’hui, le silence, l’indigence et l’inaction nous accusent!

La Citadelle, jadis symbole de grandeur, semble devenir un espace abandonné à lui-même, un lieu où l’écho des pas a remplacé celui des ambitions. Comme si le pays, lentement mais inexorablement, glissait vers une forme d’effacement intérieur.

Nos procès se tiennent ailleurs.

Nos mémoires s’éteignent ici.

Et ce n’est pas l’oubli imposé qui nous menace le plus,  c’est celui que nous tolérons.

Nous ne sommes pas dépossédés de notre histoire. Nous sommes, parfois, démissionnaires de notre propre flamme.

Alors oui, il faut invoquer les « Gouverneurs de la Rosée ».

Non pas seulement comme une référence littéraire à Gouverneurs de la Rosée, mais comme un appel. Un sursaut. Une responsabilité collective.

Car un pays ne meurt jamais tout à fait de ses blessures. Il meurt de ne plus croire en sa capacité à se relever.

La Citadelle est toujours là.

Debout. Immense. Silencieuse.

Elle attend.

Elle attend que nous soyons à nouveau dignes de ce que nous avons été capables d’imaginer.

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