Dégoutés par la descente aux enfers du pays, des jeunes avouent leur déception d’être haïtiens

Dégoutés par la descente aux enfers du pays, des jeunes avouent leur déception d’être haïtiens

Si le jeune haïtien est généralement fier d’être le digne fils de la première république noire indépendante du monde, ce sentiment est depuis de nombreuses années mis à mal. Pour cause, une succession de crises sociopolitiques sur fond d’un phénomène d’insécurité mettant l’économie du pays à genou et qui ne fait que ruiner au passage l’avenir d’une jeunesse livrée à elle-même. 

Le constat est flagrant, nos moments de gloire appartiennent tous au passé. À commencer par la plus fulgurante épopée de l’histoire- la débâcle de l’armée napoléonienne face aux indigènes à Vertières le 18 novembre 1803-. ‘’Je n’ai connu qu’une succession de mésaventures dont je ne suis pas du tout fier”, lâche Jean-Paul qui est de la génération post-86.

Entre les coups d’état et la gangstérisation du pays en passant par l’irresponsabilité des gouvernements qui se sont succédé durant nos 218 ans d’indépendance, la liste est longue et très peu flatteuse. ” Je ne peux même pas me rappeler à quand remonte mon dernier moment de bonheur “, déplore le trentenaire.

‘’Quand je regarde ma situation-je maudis ce pays qui m’a vu naître’’ poursuit-il. 

Et quant à la fierté d’appartenir à la première république noire du monde. Nos interviewés n’en ont cure. L’important pour eux est ce qu’on en a fait.

‘’Le pays est au bord de l’implosion’’, se lamente un homme pour qui le fait de vivre en Haïti n’est assimilable qu’à une tragédie. ‘’Je n’ai connu que des jours tristes ici insiste le natif du Bel-Air en songeant aux turpitudes qui ont jalonné son existence sur ce coin de terre des Caraïbes.  

“Pourquoi devrais-je être fier d’être haïtienne’’, se demande une jeune femme dans la vingtaine. Elle vit dans le désarroi face au manque d’opportunités d’emplois dans le pays qui a occasionné l’émigration de beaucoup de ses amis et camarades vers des cieux plus cléments. Mademoiselle Antoine, comme elle se fait appeler, est pessimiste par rapport à son avenir malgré son niveau d’intelligence et sa fougue.

À côté du taux de chômage et de l’instabilité politique chronique, le plus préoccupant de nos jours reste l’insécurité et plus particulièrement le phénomène du kidnapping. « La vie ne vaut plus rien en Haïti », tranche la jeune dame visiblement dépitée face au comportement des autorités en place qui, selon elle, ne pensent qu’à leurs privilèges.    

Par milliers, des haïtiens, des jeunes en particulier, laissent le pays natal pour se rendre en terre voisine, en Amérique du Nord et du sud et en Europe quand ils le peuvent.

Cet abandon du terroir s’avère nécessaire pour aspirer à un mieux-être même s’il s’accompagne le plus souvent d’un convoi de tourments et d’humiliations en milieux hostiles. “Je me souviens d’avoir été traitée une fois de sale haïtienne dans une rue de Santiago en République Dominicaine’’, s’indigne Sarraïcka, une étudiante en 4e année de médecine dans une université de la deuxième ville dominicaine. Ce jour-là, le plus dur était quand ce commerçant ambulant avait qualifié ma terre natale de sale coin. ‘’Tu ferais mieux de rester dans ton sale coin au lieu venir piquer leurs places à nos enfants ici, m’avait-il lancé. “

“Sur moi, cette phrase avait l’effet d’une bombe’’, explique la future médecin qui déclare comprendre pourquoi nombre de ses compatriotes préfèrent cacher parfois leur nationalité haïtienne”.

“Qu’est-ce qu’on attend pour exprimer collectivement notre indignation’’, s’interroge Anivince, un jeune poète qui utilise la littérature créole en tant qu’arme de dénonciation comme il l’a fait récemment suite à l’assassinat du nommé ‘’prophète Étienne’’ à Port-au-Prince. 

“Quand tu vois ton pays blacklisté par autant de gouvernements interdisant à leurs ressortissants de s’y rendre pour cause de danger imminent (en matière de sécurité), tu ne peux qu’être attristé et dévasté’’, s’offusque Fabrice fraichement diplômé en histoires de l’École Normale Supérieure. 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com