Jocelerme Privert: de l’inspection des Impôts au Palais national, la tentation du retour d’un routier de la République

Jocelerme Privert: de l’inspection des Impôts au Palais national, la tentation du retour d’un routier de la République

Né le 1er février 1953 à Petit-Trou-de-Nippes au sein d’une famille modeste, cet homme d’État discret incarne le profil type du technocrate devenu incontournable, ayant gravi un à un tous les échelons du pouvoir jusqu’à la présidence de la République.

L’armure académique d’un spécialiste des finances

Avant de naviguer les tempêtes politiques nationales, Privert a méthodiquement forgé ses armes dans les sciences économiques et la gestion. Son parcours académique dessine le profil d’un expert pointu. Diplômé de l’École Nationale d’Administration Financière (ENAF) en Haïti, il s’y est spécialisé en finances publiques, droit fiscal et comptabilité publique.

Le nippois a consolidé son socle intellectuel à Port-au-Prince en suivant des études supérieures en sciences économiques et administratives à l’INAGHEI ainsi qu’à la Faculté des sciences économiques et administratives de l’Université Quisqueya.

À l’international, il a parfait ses compétences lors de cycles de spécialisation à l’Institut International d’Administration Publique (IIAP) de Paris, et auprès d’organismes de coopération fiscale au Canada et en France.

Entré dans l’administration en octobre 1979 à l’âge de 26 ans à la suite d’un concours organisé par le Ministère de l’Économie et des Finances, Jocelerme Privert fait ses premières armes à la Direction Générale des Impôts (DGI) comme inspecteur comptable. Sa rigueur et sa maîtrise des dossiers financiers lui permettent d’en devenir le Directeur Général en août 1995.

Sous la présidence de Jean-Bertrand Aristide, le serviteur de l’ombre bascule sous les projecteurs politiques. Il est nommé Secrétaire d’État aux Finances en 2001, puis accède au poste hautement stratégique de Ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales en 2002.

La trajectoire de Privert n’a pas été un long fleuve tranquille. La chute du régime Lavalas en 2004 le précipite dans la tourmente. Accusé de complicité dans le massacre de La Scierie à Saint-Marc, il passe 26 mois derrière les barreaux (2004-2006) au Pénitencier national, à la suite de son arrestation. Des allégations qu’il a toujours fermement niées.

Loin d’anéantir sa carrière, cette épreuve marque le début de sa mue politique. Blanchi, il revient dans l’arène et se fait élire sénateur du département des Nippes en 2011 sous la bannière du parti Inite, de feu René Garcia Préval.

Au Parlement, il prend tout naturellement la tête de la Commission Économie et Finances, mettant son expertise technique au service du pouvoir législatif.

En janvier 2016, il est propulsé à la Présidence du Sénat. Un mois plus tard, alors qu’Haïti s’enfonce dans une crise électorale majeure jusqu’au au départ de Michel Martelly, l’Assemblée nationale choisit la carte de la stabilité et du compromis en élisant Jocelerme Privert Président provisoire de la République, le 14 février.

Pendant un mandat de transition de près d’un an (jusqu’en février 2017), le politique aura eu la lourde tâche de stabiliser la barque nationale et de réemployer les élections générales qui amèneront Jovenel Moïse au pouvoir.

Aujourd’hui mémorialiste et en quête d’un quinquennat à la tête du pays à travers les urnes, cette figure de sagesse institutionnelle reste le symbole rare d’un homme qui a connu tous les arcanes de l’État haïtien : de l’inspection fiscale des impôts jusqu’au fauteuil présidentiel du Palais national.

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